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© Esther Dabert

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Même aujourd’hui, alors que depuis le dernier scrutin toutes les communes sont touchées par la stricte alternance, le nombre de femmes dans les conseils municipaux reste en dessous des 50 %. En effet, les postes de tête de liste sont plus souvent occupés par des hommes, influençant ainsi la composition finale du conseil. Si elle reste faible, la part des femmes maires progresse lentement : 14 % en 2008, contre 16 % en 2014, et 20 % en 2020. Bien que ces lois agissent sur la composition des conseils municipaux, elles peuvent accélérer indirectement la féminisation de la fonction de maire.

Au-delà des divisions sur le programme, ces configurations électorales peuvent également trouver leur ancrage dans « des querelles de clocher » comme les appelle Dominique. « Ah ça, tu ne les feras jamais s’entendre, les Crozet et les Bellonte ! » s’amuse la retraitée dont le père est lui-même passé par le poste de maire. Des contentieux entre familles parfois si vieux que personne ne saurait même se remémorer leur origine.

Si la campagne s’est déroulée dans un climat relativement calme à Saint-Nectaire, elle a en revanche réactivé des dissensions au sein de la population de Crastatt. « Il y a eu trois listes parce qu’il y a eu des soucis, lâche à demi-mots Laëtitia, le regard fuyant. Je ne connais pas trop les histoires des anciens du village mais ça a été assez compliqué ces élections, parce qu’il y a d’anciennes familles qui sont là depuis longtemps… C’est des clans », rapporte cette maman qui n’en dira pas plus. « Maintenant, c’est Martine qui est à nouveau sortie en tant que maire, moi ça me va très bien. » Les trois listes sans étiquette qui se sont affrontées dans le village se sont toutes qualifiées pour le second tour. C’est Martine Kunz-Sarlat qui en est ressortie en tête avec 37,9 % des suffrages, seulement une voix devant Pierre Goetz (37,5 %) et Laurent Nonnenmacher (24,5 %).

Croisé au détour d’une rue, un candidat de la liste de Pierre Goetz préfère lui aussi éviter le sujet, au risque de « s’énerver ». « J’ai franchement pas envie de polémiquer là-dessus. » Un climat de tension qui peut pourtant faire sens selon Christine Pina : « Les conflits de voisinage ou d'usages, les rancœurs ou affrontements passés, les oppositions sur l'avenir du village, parfois les orientations politiques peuvent expliquer la difficulté à s'unir. »

Le vote comme marqueur « d’appartenance commune »

Dans la petite commune de Keffenach (Bas-Rhin) qui abrite près de 200 âmes, les élections ont au contraire été un moment de convivialité. C’est la localité qui a enregistré le plus haut taux de participation du département avec 91,7 % des électeurs et électrices qui se sont rendus aux urnes. « Il n’y a pas de pression sociale. Les gens vont voter parce qu’on est connus pour ça, c’est l’une des fiertés de notre village, se réjouit Eugénie Ungerer, conseillère municipale nouvellement élue et habitante depuis treize ans. Lors des dépouillements, les gens se rejoignent pour commenter la participation et disent : “Ah on en est déjà là ?” »

Pour l’élue, le nombre de listes candidates n’est pas le moteur de la mobilisation, bien qu’il y ait eu deux propositions pour ce scrutin à Keffenach – celle de Hervé Schneider élu avec 77,1 % des voix et celle de Pascale Ludwig (22,9 %), toutes deux sans étiquette. « Leur programme était sensiblement le même. C’étaient des personnes qui voulaient aussi s’investir dans la vie de leur commune, mais comme la première liste était déjà pleine, elles en ont présenté une deuxième. »

« Le vote n'a pas le même sens dans ces petits villages, confirme Christine Pina, il est aussi une manière d'indiquer une appartenance commune à un village ou à des réseaux de sociabilité, il est le prolongement du fait d' "être du village". » Selon Eugénie Ungerer, c’est l’attractivité de Keffenach liée à ses nombreuses animations pour un nombre pourtant faible d’habitants qui explique ce niveau de mobilisation. « Ça donne envie de s’impliquer, a minima dans un vote, voire dans la politique, comme ça a été mon cas », avance la Keffenachoise d’adoption, originaire du sud de la France. Afin de transmettre cette culture de la participation à sa quarantaine d’enfants et adolescents, le village dispose également d’un conseil municipal des jeunes, un dispositif inédit2 pour une commune de moins de 200 habitants.

Esther Dabert

Édité par Pauline Moyer

Betty Muller, elle, entame aujourd’hui son troisième mandat de maire à Geiswasser, une commune de 341 habitants au sud-est de Colmar (Haut-Rhin). « J’ai eu beaucoup de réflexions misogynes, je suis souvent rentrée en pleurant, retrace la sexagénaire. Il faut être bien accrochée. » Entrée en 2001 dans le conseil municipal du village, l’ancienne fonctionnaire a dû s’imposer dans un groupe encore principalement composé d’hommes. Son parcours s’est déroulé en parallèle de réformes législatives instaurées par le gouvernement pour pousser à la parité dans la politique locale.

La première « loi parité », promulguée en juin 2000, a obligé les partis politiques à présenter un nombre égal de femmes et d'hommes pour les élections régionales, sénatoriales et européennes. Pour les municipales, une alternance par tranche de six s’impose dans un premier temps pour les communes de plus de 3 500 habitants. En 2007, une nouvelle loi requiert l'alternance stricte homme-femme dans les listes municipales pour ces mêmes communes. Puis, en 2013, c’est au tour des communes comptant plus de 1 000 habitants d’être soumises à l’exigence paritaire.

© Quentin Baraja

En tant que doyenne du nouveau conseil municipal de Strasbourg, Antonella Cagnolati préside ce samedi 28 mars la cérémonie d’investiture de Catherine Trautmann (Parti  socialiste). Et pourtant, la conseillère municipale, élue sur la liste de la nouvelle maire, n'est pas française. « Je suis italienne mais également résidente à Strasbourg depuis quatre décennies, relate depuis l’hémicycle la fondatrice de l’ONG Solidarité Eau Europe. En tant que membre de la communauté européenne, il m’est donc accordé le droit de participer dans certaines limites aux destinées de la ville qui m’a accueillie. » Comme Antonella Cagnolati, 2 540 autres ressortissants européens sont sortis victorieux des élections municipales. Ils représentent 0,5 % des élus en France. 

Pour se présenter, les étrangers doivent remplir quatre conditions : être membre de l’Union européenne, résider en France, habiter la commune où ils postulent et avoir le droit de vote dans leur pays d’origine. Ils étaient 6 393 à se présenter au scrutin, moins de la moitié a été choisie pour ce nouveau mandat. D’après les données croisées du gouvernement et de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), l’élu européen type est une femme belge, âgée de 60 ans, vivant dans une commune de 5 000 à 50 000 habitants. 98 conseillers municipaux européens siègent dans l’Aude, département où ils sont le plus nombreux.

 

Après les résultats du scrutin de mars 2026, une majorité de conseillers et conseillères s’installent pour la première fois. Pourtant, le portrait-robot des élus évolue peu.

Première loi parité en 2000

« La campagne a été longue et difficile, les habitants ne pensaient pas qu’une femme pouvait être maire de la ville de Phalsbourg », rapporte Marielle Spenlé, première élue à occuper la fonction dans cette commune de Moselle d’environ 5 000 habitants. L'assistante sociale de 56 ans fait partie des 955 femmes à la tête d’une municipalité dans le Grand Est.

Un quart de femmes maires en France : c’est peu, et pourtant c’est un pourcentage que le pays n’a pas encore réussi à atteindre lors de ces élections. Au niveau national, on en compte en effet 22,8 %1. Elles sont 18,7 % dans le Grand Est, l’une des trois régions les moins bien classées, juste derrière la Corse et les territoires d’outre-mer.

Un tel écart entre la moyenne nationale et celle du Grand Est s’explique difficilement. Une des hypothèses avancées dans une étude de l’Insee sur la représentation des femmes dans la vie locale est celle du grand nombre de communes de moins de 1 000 habitants présentes dans la région (81 % contre 71 % en France métropolitaine), pour lesquelles la législation n’imposait pas la parité dans les listes municipales jusqu’en 2025.

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