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« La pression sociale y est plus forte, décrypte Christine Pina, professeure de science politique à l’Université de Nice. Dans les petites communes, il est plus facile de repérer ceux qui ne font pas leur "devoir" citoyen et de leur indiquer qu'il serait malvenu de ne pas participer à ce rite républicain, voire de ne pas apporter du soutien à l'équipe sortante qui a "fait le nécessaire" pour aider ou porter des dossiers. » La proximité rendue quasi inévitable dans ces territoires où les élus sont souvent des voisins et voisines, agit également comme un levier de mobilisation. C’est le cas à Saint-Nectaire (Puy-de-Dôme), commune de près de 800 habitants où la participation a atteint les 82,6 % au second tour. « Lisa, je la connais depuis qu’elle est gamine », commente Françoise, 69 ans, qui habite dans le village depuis son enfance, en évoquant la maire nouvellement élue.

Durant ces élections, la petite commune s’est divisée autour des projets portés par les trois personnes candidates, toutes sans étiquette (SE) – Alphonse Bellonte, le maire sortant, Élisabeth Crozet, qui a remporté l’élection, et Éric Papon – pour redynamiser la localité qui a perdu de son attrait touristique au fil des années. « Saint-Nectaire, c’est vide. C’est devenu Hitchcock avec les corbeaux », lâche Françoise dans un rire jaune. L’ancienne croupière a l’habitude d’aller au bar le dimanche matin pour jouer au quinté avec sa sœur Dominique, 73 ans, qui habite quelques pâtés de maisons plus haut. Pour la septuagénaire, la proximité avec sa voisine Claudine, inscrite sur la liste du maire sortant, a certainement joué dans son vote. « On s’entend vraiment bien, elle et moi. Elle a dit qu’elle arrivait à la retraite et qu’elle voulait se rendre utile pour le village », explique-t-elle en jetant un coup d'œil par la fenêtre. « Ah, la voilà justement qui sort ses poubelles ! »

« Saint-Nectaire, c'est vide »

Le facteur de la compétition semble lui aussi être un moteur central de la mobilisation dans ce type de territoires. Les niveaux de participation sont notablement plus élevés dans les communes de moins de 1 000 habitants quand plusieurs listes s’affrontent. On observe un taux de 58,8 % lorsqu’une seule liste est en course contre 75 % quand elles sont deux. « On peut faire l’hypothèse que plus l’élection est marquée par de fortes oppositions, plus les candidats vont faire campagne et tenter de mobiliser les segments de population leur apportant leur soutien », analyse Christine Pina qui s’est penchée sur le cas des Alpes-Maritimes lors des élections de 2020.

Plus de 2 500 ressortissants européens viennent d’intégrer les conseils municipaux français. Au-delà de représenter les étrangers qui vivent sur le territoire, leur participation illustre un sentiment d’intégration européenne.

 

Les femmes représentent 23 % des maires élus lors des élections municipales de 2026 : c’est plus qu’en 2020, mais c’est toujours peu. Certaines régions s’en sortent moins bien que d’autres. Dans le Grand Est, l’accès à la politique locale semble compliqué pour les femmes.

© Esther Dabert

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Un à un, ils descendent du car, sac sur le dos. Il est 16h45 à Crastatt (Bas-Rhin) ce jeudi 26 mars, l’heure pour les enfants de rentrer chez eux après leur journée d’école dans la commune voisine de Hohengœft. Sur la place du village, une poignée de parents est rassemblée pour attendre l’arrivée des maternelles et élémentaires. La petite commune de 300 habitants a attiré l’attention en raison de son important niveau de participation aux élections municipales les 15 et 22 mars 2026 : 82,1 % au premier tour et 87,5 % au second, contre une moyenne nationale de 57 %. « C’est remonté même jusqu’à Strasbourg, se réjouit Laëtitia, habitante du village depuis huit ans, qui patiente adossée à un muret, une large paire de lunettes de soleil marron sur les yeux. On a fait parler de nous, c’est bien. On a fait connaître Crastatt ! »

La localité alsacienne n’est pourtant pas un cas isolé. Lors de ce scrutin, les villages de moins de 1 000 habitants, qui représentent 71 % des communes françaises, ont brillé par leur niveau de mobilisation. Ceux-ci enregistrent un taux de participation moyen de 63,4 % au premier tour – la plupart d’entre eux1 n’ont pas eu de second tour – soit 10 points de plus que les villes de plus de 10 000 habitants. Ces chiffres montrent notamment que l’obligation de la parité femmes-hommes sur les listes des villages de moins de 1 000 habitants n’a pas eu d’impact sur la participation. Ces territoires restent donc les champions de la mobilisation puisqu’ils observent presque systématiquement des scores plus élevés que les moyennes nationales, quel que soit le type d’élection.

La participation s’est élevée à 87,5 % au second tour à Crastatt, dimanche 22 mars 2026. © Esther Dabert

Lors des élections municipales de 2026, les communes de moins de 1 000 habitants se sont démarquées par une participation supérieure de six points à la moyenne nationale. Une forte mobilisation qui s’ancre dans les spécificités de ces territoires, où chacun connaît son voisin ou sa voisine.

Donc comment puis-je être fatiguée dans ce cas là ? En fait, c’est comme demander à un pompier : « Pourquoi tu arrêtes le feu ? » Ou à un docteur : « N’es-tu pas fatigué de faire des opérations ? ». J’ai choisi ce métier. ©Wikimedia commons

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