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Mais les deux frères se heurtent tout de même à quelques difficultés pour reprendre l’affaire. “C'est pas un héritage, c'est une malédiction”, rigole Adrien qui raconte les désaccords sur l’entrée d’armes modernes au catalogue. Son grand-père vendait encore des arbalètes quand il propose aujourd’hui des armes électroniques à la pointe de la technologie qui n’ont “même plus de poudre”. La passion de la famille Recht évolue à chaque génération.

Au fin fond de la zone d’activité d’Eckbolsheim, une boutique détonne : Osez Pilirose. Repris il y a deux ans par une employée, ce sexshop fréquenté par une clientèle masculine et âgée vient de nouer une collaboration avec une sexothérapeute et une organisatrice de soirées libertines.

À 60 ans, Nicolas Schwarz se dit prêt à mettre fin à trente-trois années d’activité : “Le temps qu'il me reste à vivre, je vais essayer de le passer avec mon épouse. C'est une page qui se tourne, mais elle doit se tourner.” Face à son regard quelque peu désabusé sur son métier, ses enfants ont renoncé à l’idée de perpétuer la tradition.

La philosophie du grand-père inspire Adrien, qui tient actuellement la boutique avec son frère, tandis que leur père et leur oncle restent propriétaires. Il se dit fier de cet héritage familial : il a grandi avec l’armurerie et ses “tireurs”, comme il les appelle, dont certains sont déjà clients depuis quatre générations.

Sur le plan financier, ça n’a pas toujours été facile pour lui. Il l’assure, il ne faut pas chercher à s’enrichir lorsque l’on se lance dans ce métier. “Si vous avez trop faim au début, ça ne sert à rien. Quand on est jeune, on sait faire ceinture. Toute votre richesse, elle est dans le savoir-faire”, confie-t-il. De plus, l’activité exige des dépenses régulières, notamment pour renouveler les 55 000 références de tissu. D’après lui, cet aspect contribue à décourager les jeunes aspirants.

Fort des notions d’ébénisterie que lui a transmises son père, le patron d’Eska Decor propose une combinaison de savoir-faire. Ajouté au travail du tissu pour des rideaux, de l’ameublement ou encore des couvre-lits, le tapissier rénove aussi les boiseries des meubles qui lui sont confiés. Ces compétences multiples, il n'a pas pu les retrouver chez les quelques apprentis qui ont voulu tenter l’aventure. Il en est aujourd’hui convaincu, le métier de tapissier est sur le point de disparaître. “Je n'ai pas vraiment cherché de repreneur, parce que je sais que la plupart de mes confrères étaient avec moi en classe et sont aussi près de la retraite”, avoue-t-il.

Bien qu'il ait pris sa décision un soir d’août 2025, le garagiste tarde à l’annoncer à ses clients. “Je ne vais pas dire qu’ils sont tristes, mais ils savent très bien que le futur fonctionnement ne sera pas le même que le mien.” Il regrette un changement de mentalité et d’approche dans le secteur de l’automobile : “Il y a trente ans, on respectait le client, mais aujourd'hui c'est pognon, pognon.” En dépit de ses inquiétudes, Arnaud Strauel se réjouit de cette “nouvelle vie qui commence”. Il a hâte de pouvoir profiter de longues journées de bricolage sur ses précieuses voitures de collection.

“Quand j’ai commencé, en 1992, il y avait 90 tapissiers sur l’Eurométropole. Là, ils ferment les uns après les autres”, déplore l’entrepreneur. En cause, la transformation du métier, mais aussi la formation reçue par les apprentis-tapissiers. “Dans le temps, vous aviez deux années de pré-apprentissage et trois années d’apprentissage. Aujourd’hui, l’État considère qu’en deux ans, les jeunes savent tout faire, mais ils ne connaissent même pas l'outillage”, expose Nicolas Schwarz.

Alors que la date d'échéance se profile à grands pas - elle est prévue pour le 31 janvier 2026 - rien n’est encore officiel. Pourtant, le garagiste paraît confiant. Il attend actuellement une deuxième évaluation de la valeur de son fonds. Pour l’aider à gérer une cession administrativement complexe, il s’appuie sur trois experts : son notaire, celui du repreneur et un agent immobilier.

Approché il y a deux ans par un autre garagiste d'Eckbolsheim, le spécialiste des anciennes voitures a d'abord refusé la proposition de reprise : “C'est moi qui n'étais pas prêt. Je n'allais pas tout lâcher parce que quelqu'un voulait racheter.” Mais aujourd’hui, il sent que le temps est venu de passer le flambeau. “La fatigue est là, j’ai commencé à travailler il y a 54 ans. Il n'y en a pas beaucoup qui le font”, note-t-il.

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