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© Titouan Catel--Daronnat

Contrairement aux élections législatives ou présidentielles, les partis politiques jouent un moindre rôle dans les municipales : la majorité des listes se présente sans étiquette. Malgré tout, les formations historiques comme le Parti socialiste ou les Républicains disposent d’un ancrage local puissant dans des communes qu’ils dirigent depuis plusieurs mandats. Le renouvellement de leurs élus est un peu plus faible, et avoisine les 50 %. 

En revanche, La France insoumise ou le Rassemblement national affichent plus de 80 % de nouveaux élus. Ces deux partis possèdent un ancrage local plus faible. Malgré les scores qu’ils réalisent à l’échelle nationale, ils commencent seulement à s’imposer parmi les forces politiques à l’échelle communale. Le parti des Insoumis, créé il y a seulement dix ans, vient de vivre sa deuxième campagne municipale. Forcément, cela implique un fort taux de nouvelles têtes. 
 

Tous les noms de femmes barrés

© Zoé Fraslin

Comme dans 34 autres communes françaises, la mairie de Saint-Avold (Moselle) a basculé pour la première fois à l’extrême droite lors des municipales de 2026, avec l’élection d’une liste estampillée Rassemblement national. Au total, 46 communes sont aujourd’hui dirigées par le RN, sans compter la nébuleuse d’élus sans étiquette mais proches du parti à la flamme comme à Wittelsheim (Haut-Rhin), ainsi que ses alliés de l’Union des droites pour la République, formation lancée par Éric Ciotti après sa scission avec Les Républicains, et lui-même élu à Nice (Alpes-Maritimes). Des élections municipales qui semblent illustrer la stratégie de banalisation mise en avant par le parti depuis plusieurs années. 

Avec désormais 12 communes administrées par le RN, le Pas-de-Calais demeure le principal fief du parti fondé en 1972 par Jean-Marie Le Pen – condamné à plusieurs reprises pour apologie de crime de guerre et contestation de crimes contre l'humanité – et par les anciens Waffen-SS Pierre Bousquet et Léon Gaultier. Vient ensuite le Vaucluse et ses huit municipalités. Parmi elles, Orange fait figure de symbole : la ville est dirigée par l’extrême droite depuis près de trente ans, d’abord sous Jacques Bompard, ancien membre fondateur du Front national, puis sous son fils Yann Bompard, proche des positions d’Éric Zemmour. La commune est finalement revenue dans le giron lepéniste avec l’élection de Jean-Dominique Artaud sous l’étiquette du RN.

ZOÉ FRASLIN

Édité par Titouan Catel--Daronnat

 

À l’échelle des 34 836 communes françaises, la situation de Patrick Durand représente plus l'exception que la règle. Les dernières élections municipales ont peut-être rebattu certaines cartes politiques, mais les ouvriers demeurent largement sous-représentés dans les fonctions d’élus, même à l’échelle locale. Alors qu’ils comptent pour 9,6 % de la population de plus de 18 ans, ils ne sont à la tête que de 2,8 % des communes. De leur côté, les cadres représentent 12,3 % des plus de 18 ans et dirigent 22,8 % des mairies. En tout, on compte 959 maires ouvriers pour 7 931 maires cadres, soit huit fois moins. 

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Être intégrée dans sa commune

Comme Diogo Da Costa, la nationalité d’Anne Heinkele n’a pas été un sujet lors des municipales à Saint-Nom-la-Bretèche (Yvelines). La Belge est née au Zaïre, a vécu au Brésil et à Paris, avant de s’installer dans sa commune de presque 5 000 habitants il y a maintenant dix-neuf ans. Sa liste (divers droite) a cette fois-ci échoué en seconde position. L’agente immobilière indépendante avait déjà exercé un mandat de conseillère de 2014 à 2020. « C’était intéressant sur un plan intellectuel. On comprend comment ça fonctionne. » Selon Anne Heinkele, Saint-Nom-la-Bretèche possède une forte communauté européenne : le village voisin compte un lycée international. Mais pour la sexagénaire, « il ne s’agit pas d’être français ou étranger, c’est à propos de la vie du village. Le maire est un maillon fort en France, il est proche de tout le monde. » Anne Heinkele réside dans le quartier du golf, elle connaît les habitants, et est amie avec le maire sortant. « Je suis très intégrée dans la commune, personne ne s’est rendu compte que je suis belge. L’Europe a une histoire et des racines communes, nous avons les mêmes bases. » 

La proposition d’accorder également le vote aux étrangers non-européens pour les élections municipales revient régulièrement. Début février, les Écologistes avaient fait adopter une proposition de loi constitutionnelle en commission. Mais elle n’a cependant pas pu être débattue lors de leur niche parlementaire. En Belgique, en Suède et au Danemark, les ressortissants non-européens peuvent déjà participer aux élections locales, à condition d'être des résidents de longue date. Ce droit existe depuis 1963 en Irlande.

Quentin Baraja 

Édité par Anouk Seveno

 

C’est ce qu’a vécu Marie-Madeleine Stimpl, tout juste élue maire de Habsheim, une commune de 5 000 habitants à dix kilomètres de Mulhouse, après deux mandats en tant que première adjointe. En 2008, elle est contactée par Gilbert Fuchs pour monter une équipe, « mais je n’ai pas osé y aller. J’avais deux enfants et un job de secrétaire », avoue-t-elle. En 2014, elle se laisse convaincre et devient la première adjointe de Gilbert Fuchs.

Ce qui a changé entre ces deux dates : ses enfants ont grandi. Il s’agit là d’un autre obstacle à la féminisation de la politique : la charge mentale du foyer qui revient encore principalement aux femmes. En témoigne également Marielle Spenlé, devenue adjointe de Phalsbourg en 2020, une fois que ses enfants étaient autonomes. Un sondage Ipsos réalisé en mars 2026 montre d’ailleurs qu’avoir des enfants est encore perçu comme plus handicapant pour une femme maire que pour un homme maire (17 % contre 12 % pour les hommes).

Plus d’un conseiller ou conseillère sur deux a pris pour la première fois la fonction d’élu municipal le 22 mars dernier. 312 000 nouvelles têtes sont ainsi arrivées dans les mairies. Ce renouvellement est un peu moins marqué chez les maires, même si 43 % d’entre eux ont été remplacés.

Depuis 2017 avec la victoire d’Emmanuel Macron à la présidentielle, l'injonction de renouveler le personnel politique s’est imposée dans les débats. « On observait déjà cette idée dans les élections municipales de 2020, les candidats essayaient de montrer qu’ils se tenaient à distance des partis », détaille Sébastien Michon, sociologue et chercheur en politique au CNRS. Il a publié en 2025 un ouvrage co-écrit avec Marie Acabo, qui raconte l'accession de la liste écologiste et citoyenne à la mairie de Strasbourg1. Il poursuit : « En 2026, c’est devenu un critère pour attirer les électeurs. »

Un renouvellement complet dans plus de 500 communes

Parmi les presque 35 000 communes françaises, 554 ont même renouvelé l’entièreté de leurs conseillères et conseillers municipaux. Cela concerne aussi bien de toutes petites communes de quatre habitants (mais 18 inscrits), comme Caubous en Haute-Garonne, que des villes de plus 6 000 habitants à l’instar d’Orgeval dans les Yvelines. 

« Je n’ai pas osé y aller »

 

L’ex-candidat, 43e sur la liste LFI, n’a jamais voulu tomber dans le « communautarisme ». Après la défaite de son parti à Strasbourg, il regrette de ne pas avoir mobilisé les voix européennes qui auraient pu faire la différence pour sa liste. « On se concentre beaucoup sur les Français parce que ce sont ceux qui vont voter en majorité, mais il y a beaucoup d’Italiens, de Portugais, d’Allemands... » Près d’1,5 million de membres de l’Union européenne vivent en France selon Eurostat.

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