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© Pauline Moyer

©Titouan Catel--Daronnat

« Beaucoup ne savent pas qu’ils ont le droit de vote »

Diogo Da Costa est portugais. À 23 ans, il s’est présenté cette année à ses premières élections municipales à Strasbourg, sous l’étiquette de La France insoumise (LFI). « On m’a juste demandé si j’avais envie de rejoindre la liste. Quand j’ai sorti ma carte d’identité, ils étaient tous choqués, plaisante-t-il aujourd’hui. Ils se sont demandés si je pouvais me présenter. » Diogo Da Costa vit en France depuis dix ans, il se sent européen : « Pourquoi je n’aurais pas le droit de vote ? Je suis un citoyen qui vit, travaille et paie ses impôts en France. » 

Lors de sa campagne avec LFI, le candidat a rencontré de nombreux compatriotes qui vivent à Strasbourg depuis des années. « Beaucoup ne savent pas qu’ils ont le droit de vote… Quand je le leur apprends, ils sont contents. Ils veulent donner leur avis. » Le Portugal est le pays le plus présent sur les listes électorales françaises avec 115 100 électeurs, deux fois plus que l’Italie ou la Belgique. Ces inscrits ne rassemblent pourtant que 21 % des 535 000 citoyens portugais résidant en France, en comptant les mineurs n’ayant pas encore le droit de vote.

Lors des dernières élections municipales, 312 000 nouvelles têtes sont arrivées dans les mairies. © Pauline Moyer

Son quotidien est une course sans fin. Patrick Durand vient d’être réélu maire de Landébia, un village de 500 habitants dans les Côtes-d’Armor, et occupe un poste d’ouvrier en 2x8 à l’usine de la coopérative laitière Laïta. Ce Landébianais fait partie des 959 édiles qui portent un bleu de travail en France.

Chaque jour, Patrick Durand lève et couche le soleil. Les semaines où il est du matin, le réveil sonne à 3h30 et « Monsieur le Maire »  – comme l’appellent ses collègues et ses chefs – prend son poste à 5h. Pendant huit heures, il met les couvercles sur les pots de fromage fouetté, range les pots dans les cartons, place les cartons sur une palette, et recommence. Autour de 13h30, il s’accorde une petite sieste : « 45 minutes si tout va bien, mais quelquefois c’est un quart d’heure parce que le téléphone sonne », raconte Patrick Durand, joint après sa sortie de l’usine. Il nous répond au volant de sa voiture, en route pour un rendez-vous chez le notaire à propos du foncier de sa commune. Car à partir de 14h30, l’ouvrier de 55 ans enfile l’écharpe et gère les affaires municipales, épaulé par deux secrétaires de mairie à temps partiel. 
Le bâtiment au toit d’ardoise, qui fait également office de poste communale, ferme à 17h30. Patrick Durand, lui, n’a pas fini sa journée : conseil d’école, municipal ou communautaire, le natif de Saint-Brieuc passe une partie de ses soirées en réunion. « À 21h je suis couché », assure-t-il. Exception faite des semaines où il travaille de 13h à 21h. Dans ces cas-là – une semaine sur deux –  le service est réduit : « Je ne passe que le matin pour signer les papiers, voir les employés communaux, mais c'est tout. »

1Seule 1 commune sur 125 de moins de 1 000 habitants a eu besoin d’un second tour soit 0,8 % d’entre elles, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur.

2D’après une enquête conjointe de l’Association nationale citoyenneté enfance jeunesse (Anacej) et de l’Association nationale des maires de France (AMF), en 2025, à peine 10 % des communes entre 200 et 500 habitants affirmaient avoir un conseil municipal des jeunes.

 

Christelle Lehry, conseillère régionale Grand Est, est présidente de Femmes d’Alsace, une association créée pour inciter ces dernières à entrer en politique, par exemple à travers des formations. Pour elle, l’un des freins à la politisation des femmes est leur propre autocensure. Elle raconte avoir régulièrement entendu des témoignages d'élues relatant « qu’elles n’osaient pas se lancer parce qu’elles ne se sentaient pas assez compétentes, et que c’étaient des hommes qui étaient venus les chercher ».

© Quentin Baraja

« On devient rarement maire du jour au lendemain, confirme Sébastien Michon, directeur de recherche au CNRS et spécialiste en sociologie politique. Le fait de siéger au conseil et d’être adjoint permet de se familiariser avec les institutions, les dossiers, les procédures, et de se positionner ensuite sur les mandats. Ça favorise l’accélération de la féminisation de la fonction de maire dans les petites communes. »

 

Ce droit accordé par le traité de Maastricht de 1992 ne s’applique pas aux ressortissants non-européens. « Il y a une entité commune, les membres de l’UE bénéficient d’une liberté de circulation, explique Sébastien Michon, directeur de recherche au CNRS. C’est l’idée que les citoyens européens ne doivent pas être différents des citoyens du pays. »

Leur participation se heurte néanmoins à certaines limites. Elle est d’abord réservée aux scrutins européens et municipaux. Ensuite, si les membres de l’UE peuvent candidater, ils sont limités à la fonction de conseiller ou conseillère municipale. Ils ne peuvent pas exercer les fonctions de maire ou d'adjoint, ni participer à l’élection des sénateurs. « Il y a quand même un frein avec l’idée qu’un étranger, même européen, puisse devenir maire. On conserve une logique de citoyenneté nationale qui demeure prépondérante à la citoyenneté européenne », complète Sébastien Michon.  

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