Pour la première fois de l'histoire des délocalisations, le Cuej a exploré la capitale de la Thaïlande, Bangkok. À travers 17 reportages, la mégalopole se dévoile comme une cité bouillonnante, forte d’une identité multiculturelle qui lui est propre, mais confrontée à des enjeux majeurs pour son avenir.
À plein régime. Que ce soit depuis les larges routes sur lesquelles rugissent les moteurs à toute heure, le long des ruelles sillonnant les quartiers vibrants, ou de part et d’autre des cours d’eau qui traversent les grands ensembles, un vacarme se dégage. Mais au milieu de la cacophonie de Bangkok, mégalopole survoltée de plus de 10 millions d’habitants, beaucoup ne tiennent pas la cadence.
Une partie de ceux qui font cette ville avance à toute allure. Les autres, à reculons. Ils voient leurs filets de poissons s’alléger, le cours du riz fluctuer et leurs habitations disparaître. La faute à une ville en quête de modernité et toujours plus gourmande, dont l’expansion semble être sans limites. Avec ce goût prononcé pour le neuf, on voit les gratte-ciel jaillir de terre et regarder de haut les temples ancestraux installés quelques mètres plus loin, censés incarner l’âme de la capitale.
Moins de ressources naturelles, donc. Elles forment pourtant le tronc d’une Thaïlande qui peine à croître, et dont les racines continuent de nourrir la vie des Bangkokois alors que les branches prennent des directions opposées.
Sur ce point, ça va de mal en pis : le conflit irano-américain fait monter les prix de l’énergie et alourdit les coûts du quotidien. Le tourisme, autre secteur vital pour la bonne santé financière du Royaume, accuse aussi le coup. Pour s’en sortir, même logique : la Venise de l’Est se rêve reine du progrès et mise gros sur le numérique.
Et pour ces gens ? Ceux qui doivent continuer à travailler après la retraite par manque d’argent ? Qui ne souhaitent plus avoir d’enfants au vu de leurs conditions de vie ? Qui peinent à se faire accepter depuis leur arrivée ? Face aux problèmes qu’on ne devine pas sur le visage des principaux concernés, la peine est discrète. Beaucoup n’y répondent pas par les mots. Pour eux, l’issue, c’est de s’adapter. « Tant qu’on est en capacité de le faire, on travaillera », prônent certains, sourire en coin, comme une forme de mantra.
Pas question de se laisser faire pour autant : à Bangkok, ils sont nombreux à se battre à leur échelle. Mais au sein de cette cité assourdissante, impossible de les entendre. L’enjeu est de taille, et le rouleau compresseur n’est pas près de faire marche arrière. Quitte à laisser sur le bas-côté ceux qui ne suivent pas le mouvement.
Moncef Arbadji