Vous êtes ici

Concurrence régionale, hausse des prix, désamour des Chinois… Depuis la crise du Covid-19, le tourisme en Thaïlande est en berne. Au même moment, les autorités du pays tentent d’endiguer les incivilités de certains visiteurs.

Le tourisme est en baisse depuis plusieurs années. © Julia Reich

Depuis les années 1960, la Thaïlande mise sur le tourisme. Et ça marche : le secteur représente entre 10 et 15 % du PIB national, mais souffre aujourd’hui du surtourisme. Plages de sable fin, vie nocturne animée, plats typiques : le pays a de quoi séduire, et à des prix très abordables. Pourtant, depuis quelques années, le secteur est en crise. La hausse des cours des carburants liée à la guerre en Iran, qui fait grimper le tarif des billets d’avion, ne devrait pas arranger les choses. 

Le gouvernement a réduit la durée de séjour sans visa dans le pays. Pourquoi ? 

Jusqu’à il y a peu, 93 pays (dont la France) bénéficiaient d’une exemption de visa pour tout séjour touristique de moins de soixante jours. Celle-ci sera remplacée par une exemption de trente jours seulement. Pour pouvoir continuer à profiter des plages, des pad thaïs et du mango sticky rice, il faudra donc faire une demande de visa auprès de l’Immigration thaïlandaise. D’après le ministère du Tourisme, le régime des soixante jours, permettant des séjours longs sur le territoire sans contrôle, favorise notamment certaines activités illicites, notamment du travail illégal. Le système aurait aussi été utilisé par des réseaux criminels (prostitution, trafic de drogues, centre d’arnaques en ligne…) pour circuler librement dans le pays. 

La Thaïlande en a-t-elle ras-le-bol des touristes ? 

Face aux incivilités et infractions des touristes festifs, les Thaïlandais tapent du poing sur la table. Après une vague d’incidents ces dernières années, le gouvernement du royaume a annoncé resserrer la vis face aux comportements jugés « contraires aux valeurs thaïlandaises » 

Depuis plusieurs semaines, les exemples de visas résiliés suite à de mauvais comportements se multiplient. Début mai, un couple de Français a été renvoyé du pays pour une « conduite sexuelle indécente » dans un tuk-tuk à Phuket, et un touriste s’est vu refuser l’entrée pour avoir mis un coup de pied dans une porte du service de l’immigration à l’aéroport de Bangkok, en mai. Le Premier ministre a annoncé vouloir appliquer strictement la loi en cas de comportements inappropriés de la part de touristes. 

La Thaïlande attire-t-elle toujours autant ces dernières années ? 

La Thaïlande fait rêver les touristes du monde entier depuis des années, ce qui a permis au pays de truster le top 10 des pays les plus visités au monde à partir de 2013, avec un pic à 40 millions de visiteurs en 2019. Mais là, patatras ! Le Covid-19 est arrivé, et avec lui la paralysie du tourisme à l'échelle mondiale. 

Depuis, le nombre d’entrées de touristes internationaux dans le royaume peine à retrouver ses niveaux d'antan. La raison principale ? La baisse du tourisme en provenance de la Chine (11 millions de visiteurs en 2019), due au ralentissement économique de l’empire du Milieu, mais aussi à des inquiétudes croissantes des Chinois quant à la sécurité en Thaïlande. La faute à certaines affaires très médiatisées. Ceux-ci craignent notamment d’être forcés à travailler dans les centres d’arnaques en ligne qui sont éparpillés le long des frontières thaïlandaises. Attirés par la perspective d’un voyage organisé en Thaïlande, des milliers de citoyens chinois auraient été enrôlés de force pour travailler dans ces centres, d’après un rapport des Nations unies.  Le pays subit aussi une concurrence de la part de ses voisins comme le Vietnam ou l’Indonésie, dont les prix au rabais attirent davantage de visiteurs. 

Y a-t-il plus de restrictions sur la consommation de cannabis ? 

« 5 joints achetés, un offert », « Achetez 3 grammes, obtenez-en 6 ». Sur la célèbre Khao San Road et ses alentours, les offres alléchantes pour acheter du cannabis se multiplient. Les effluves et les interpellations des vendeurs font flancher certains visiteurs. La réglementation sur l’achat et la consommation de drogue sont pourtant peu clairs et font courir des risques aux touristes tentés. 

En 2022, le pays a été l’un des premiers en Asie à dépénaliser la culture et la vente de THC (la substance active du cannabis). En 2025, le gouvernement a fait marche arrière. Désormais, une nuance existe entre la consommation à des fins récréatives (interdite par la loi) et l’usage médical (autorisé, mais encadré). Au vu du nombre de magasins de cannabis destinés aux touristes, la tolérance reste de mise. En principe, la consommation est strictement interdite sur la voie publique et peut entraîner des amendes importantes et des peines de prison pouvant aller jusqu’à trois mois. Régulièrement, le gouvernement multiplie les annonces sur un possible durcissement des restrictions, sans qu’elles soient suivies d’effets. 

Augustin Brillatz et Axel Guillou

Imprimer la page