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Dans ce joyeux désordre, un père à vélo, sa fille sagement assise dans son siège enfant, roule sur le trottoir et grille un feu. Un responsable de l’association de cyclistes Cadr 67 confirme le problème : “Les feux sont trop longs, donc les usagers perdent patience”, ajoutant que “c’est évidemment interdit.”

Problèmes de coordination

Ces incivilités donnent aussi du fil à retordre aux chauffeurs de bus de la Compagnie des transports strasbourgeois (CTS). Ce carrefour Wilson-Wodli est “le plus stressant de Strasbourg. Aucun conducteur ne veut y aller !”, confie l’un d’entre eux.

Déploiement de CRS

En réponse, des collectifs d’habitants – soutenus par l’opposition municipale – se sont formés. Ils ont interpellé la mairie écologiste une quarantaine de fois. En août 2022, Pierre Jakubowicz (Horizons) a tiré la sonnette d'alarme en envoyant un courrier au ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin. Il y citait le Faubourg-National comme une zone d’insécurité. Un mois plus tard, la préfète Josiane Chevalier, en visite au quartier Gare, annonçait un plan de lutte en "coproduction" avec la mairie contre “le sentiment d’insécurité”.

Quinze CRS ont été déployés dans le quartier Gare, en plus des policiers nationaux et municipaux déjà mobilisés. Une initiative qui semble porter ses fruits et qui rassure une partie de la population.

Huit années d'études pour devenir compagnon

Pour devenir officiellement Compagnon, il faut aligner jusqu’à huit années d’études, enchaîner les alternances dans différentes entreprises de l’Hexagone - le fameux “tour de France”. Il faut aussi réaliser un chef d’œuvre, une réalisation complexe preuve de son savoir-faire. Un parcours qui s’achève par la transmission, indique Florian Guehl : Un formateur a été apprenti, pareil pour un directeur.” Un moyen pour “compléter son cercle vertueux”. Tout le monde peut tenter de décrocher le graal mais seulement 4 % à 6 % des jeunes qui entrent dans la structure deviennent compagnons”, dévoile t-il.

Beaucoup se contentent de la formation de base, cet entre-soi ne faisant pas l’unanimité :  Pour rentrer sur le tour de France, il faut se faire adopter, rien que ce terme me déplaît! Matéo* est chez les Compagnons depuis trois ans en charpenterie mais ne souhaite pas devenir l’un des leurs :Pour moi, c’est un peu comme une secte.

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Elinor et Andrew, deux bénévoles de l'association Quai 67, s'occupent du café. © Alice Caillau

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Les éclats de rire rythment le cours de pâtisserie. 
© Audrey Burla

“Soit tu bouges, soit tu crèves”

Et cette insatisfaction est générale. La lenteur des feux de signalisation y est pour beaucoup. Quatre minutes entre chaque passage au vert pour les sept feux piétons. Trois minutes pour celui dédié aux cyclistes, qui brûlent d’impatience. Les coups de klaxons fusent de tout côté ; voitures, bus, tram, tout le monde s’en donne à cœur joie.

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Les boutiques de transfert d'argent sont très ancrées au quartier gare et attirent notamment une population immigrée © Clara Grouzis

Les clients amènent la somme en liquide pour la transférer à leurs proches résidant à l'étranger. © Clara Grouzis

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Michel joue au foot sur le city stade de la Semencerie. © Mathilde Lopinski

Selon les résidents et commerçants, cette hausse de l’insécurité a débuté avec la réquisition de l'Hôtel Pax (aujourd’hui le Clap Clap, ndlr) en mars 2020. Des personnes précaires et des toxicomanes y ont été accueillis par dizaines. Deal, alcoolisme sur la voie publique, agressions à l’arme blanche, braquages ou encore nuisances sonores ont rythmé la vie du Faubourg durant cette période particulière. Confinés chez eux, les riverains ont assisté impuissants à la montée des incivilités et violences. 

Dire qu’il n’y avait rien avant mars 2020, ce n’est pas vrai. Il y a eu un glissement du type de violences”, assure une vendeuse, résidente du quartier. Un homme en état d’ébriété, hébergé au Pax, a agressé d’autres personnes avec un sabre. Cette insécurité a “perduré, même après le confinement”, confie le président de l’association des commerçants de la rue, Geoffroy Lebold. Les citoyens se sont régulièrement plaints de la présence de squatteurs et de trafiquants. Ces derniers se seraient sédentarisés, pérennisant une atmosphère tendue. “On doit s’excuser de vivre dans le quartier”, déplore un riverain agacé.

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