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Cette mesure ne serait cependant pas issue d’une loi, mais d’une décision administrative locale. Pour être appliquée, l’édile devrait justifier d’un trouble à l’ordre public pour user de son pouvoir de police. Une notion juridique « complexe à définir », selon Axel Montero, juriste en droit public au sein d’une collectivité territoriale. Il souligne qu’il faudrait que le trouble à l’ordre public soit suffisamment caractérisé « pour que le Conseil d’État autorise ce genre d’arrêté ». Autrement dit, pour que la mesure soit recevable, elle doit cibler des zones précises, aux problématiques clairement identifiées, et s’appliquer sur une temporalité définie. « L’arrêté doit aussi être proportionné à l’objectif recherché : l’ordre public », précise le juriste. 

« Beaucoup de gens meurent à cause de l’isolement social »

Mais quand bien même la proposition de Jean-Philippe Vetter entrerait dans les clous, les arrêtés anti-mendicité posent aussi des questions éthiques. Depuis dix ans, l’association Au bonheur d’un sourire organise des distributions alimentaires à Strasbourg. Elle accompagne également des personnes sans domicile, des étudiant·es et des familles en difficulté. Sadek Mohamed Amin, son président, se souvient des conséquences du dispositif mis en place par l’ancienne administration. « On met les gens à l’écart de la société et il n’y a pas pire que ça. Beaucoup de gens meurent à cause de l’isolement social », regrette-t-il. 

Pour le bénévole, ces mesures compliquent le travail de terrain des associations : « Ces sans domicile fixe se retrouvent [éloignés] et seuls. On a plus de mal à les retrouver » Sadek Mohamed Amin « entend » les complaintes des commerçant·es relayées par Jean-Philippe Vetter, mais pour lui, un pareil arrêté n’est pas une solution. Concernant le sans-abrisme, « la Ville, la Région, l’État ont des obligations auxquelles ils ne répondent pas ». Force est de constater que les places en hébergement d’urgences manquent souvent au sein de l’Eurométropole. Et à ce sujet, le président d’Au bonheur un sourire déplore un « manque de volonté politique ».

Maud Karst et Tom Soriano

Édité par Augustin Brillatz

« Ma mère m’a aussi permis de pouvoir me rétablir. Quand j’ai perdu le nord, heureusement, qu’elle, elle ne l’a pas perdu », témoigne-t-il en souriant. Aujourd’hui ils habitent ensemble dans leur maison de la banlieue de Colmar, et c’est lui qui aide au quotidien sa mère âgée de 90 ans.  

Assise sur un fauteuil dans le salon spacieux, Annie Maurice réalise que la schizophrénie ne fait plus partie de leur quotidien : « Aujourd’hui je vois que Laurent est bien, qu’il a des projets. Je me rends compte que je n’y pense plus et c’est là que je vois qu’on a fait un chemin très important. »

Son parcours, Laurent Lefebvre le raconte dans un pièce de théâtre montée par la compagnie Zarina Khan et intitulée Vous avez dit schizo ?. Après une première tournée en Alsace, il se dit fier du résultat : « Moi je n’ai pas honte de ma schizophrénie, je la revendique aujourd’hui. Si vous n’êtes pas capable d’accepter des personnes qui ont souffert le martyr et qui sont capables de faire de très belles choses, et bien tant pis. Moi je continue mon combat et je monte sur les planches. »

Pauline Moyer

Édité par Lucie Porquet

Une notion juridique « complexe à définir »

Pourtant, Jean-Philippe Vetter campe sur une position qu’il défendait bien avant la campagne des élections municipales. En mars 2025, le Républicain avait déjà proposé au Conseil de la Ville de réinstaurer l’arrêté de Roland Ries. « De nombreux Strasbourgeois ainsi que des commerçants, restaurateurs et cafetiers de la ville signalent une recrudescence des sollicitations insistantes accompagnées de comportements agressifs », arguait l’élu d’opposition.

Esther Dabert

Edité par Zoé Fraslin

Laurent Lefebvre vit aujourd'hui avec sa mère, Annie. © Pauline Moyer

Le 5 mars 2026, le Comité européen des droits sociaux (CEDS), qui émane du Conseil de l’Europe, a alerté sur la multiplication de ces arrêtés en France. L’institution parle de mesures « à caractère discriminatoire » qui violent des droits fondamentaux. Parmi eux : la liberté de se déplacer librement dans l’espace public et le droit à la protection contre la pauvreté et l’exclusion sociale.

Depuis 2003, Laurent Lefebvre n’a plus connu d’épisode de décompensation. C’est en grande partie lié à un changement dans son traitement. « Le traitement ne fait pas tout, précise-t-il pourtant. C’est la quête de sens que je mène depuis 35 ans qui fait que je suis là aujourd’hui. Je me suis levé pour combattre ma schizophrénie. » 

« On représente de l’espoir, l’espérance de s’en sortir. »

En 2015, l’Alsacien se lance un défi : courir un marathon sous antipsychotique. Il s'entraîne pendant 4 ans et demi, raconte son combat dans les médias, et vient à bout des 42 km. Cet événement change sa vie. Il est ensuite invité à partager son témoignage dans des conférences, et échange avec des professionnels du secteur. Rapidement, on lui propose de retourner sur les bancs de l’école pour devenir médiateur de santé pair, un métier qui consiste pour une personne atteinte d’un trouble psychique à intervenir auprès de ses pairs pour partager son expérience. « On représente  l’espoir, l’espérance de s’en sortir. »

Aujourd’hui, Laurent Lefebvre intervient en majorité dans les groupes de parole de l’UNAFAM (Union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques). Cette association accompagne les proches de personnes atteintes de maladies psychiques comme les troubles bipolaires ou schizophréniques. « J’ai vu la différence depuis que Laurent est arrivé dans l’association, confie Fabrice Berna qui intervient avec lui dans ces groupes de paroles. En tant que médecin, on peut dire des choses, mais quand c’est un pair aidant qui le dit, l’impact n’est pas le même et c’est extrêmement précieux. »

Quand on parle de schizophrénie, les préjugés sont nombreux, et Laurent Lefebvre le ressent à chaque fois qu’il dévoile sa maladie à quelqu’un. « Je vois qu’il se passe quelque chose dans le regard. Tu sens quelques secondes de silence, les gens se disent qu’ils sont face à quelqu’un de dangereux. C’est triste et injuste que la société nous voit comme ça. »

Beaucoup de schizophrènes sont confrontés au rejet et à l’isolement. Laurent Lefebvre a eu la chance d’être soutenu par sa famille. « La première fois qu’on m’a annoncé le mot schizophrène, je ne savais pas ce que ça représentait, avoue Annie Maurice, sa mère. Quand on est confronté à ce genre de problème, ce qu’il faut, c’est l’accepter et vivre avec. »

Les têtes de liste des Républicains et du Rassemblement national n’ont pas puisé l’idée bien loin. En avril 2019, l’ancien maire socialiste Roland Ries avait déjà instauré un arrêté similaire dans plusieurs secteurs du centre-ville en période estivale, et pendant le marché de Noël. L’une des premières mesures de sa successeure, l’Écologiste Jeanne Barseghian, aura été de le supprimer. « C’est la pauvreté qu’il faut combattre et non les pauvres », déclarait-elle lors de sa campagne de 2020.

Le géant japonais du jeu vidéo Sony est entendu par la justice britannique depuis ce mardi 11 mars dans le cadre d'un procès exceptionnel. La multinationale est accusée d'avoir profité de sa position dominante dans le secteur pour mettre en place des prix particulièrement élevés sur ses jeux dématérialisés vendus sur sa boutique, le Playstation Store, parfois deux fois plus chers que les jeux physiques, et ce, pendant près de 10 ans. Le préjudice total s'élèverait à près de 2 milliards de livres.

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