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Sur les près de 35 000 communes françaises, 243 avaient la possibilité de glisser un bulletin LO : un nombre de listes à peine inférieur à celui de La France Insoumise. Une assiduité remarquable au sein de la « galaxie trotskiste » selon Georges Ubbiali, sociologue émérite de l’Université de Bourgogne, spécialisé dans la gauche révolutionnaire. « Lutte ouvrière ne manque aucune élection : présidentielle, législatives, régionales, municipales... Ils ont même participé à des sénatoriales », rappelle le chercheur, qui relève les départementales comme unique exception à leur omniprésence.
« Si on n’est pas là, il n’y a plus personne ! »
Dans certaines communes, la liste de LO est la seule à gauche. C’était le cas à Fourmies (11 000 habitants), dans le Nord, où le parti place cette année un conseiller en rassemblant 13 % des voix. Pour les militants de Frouard, ce paysage politique est d’autant plus désolant que la commune en question a accueilli la première commémoration française du 1er-mai – réprimée dans le sang – en 1891. Les communistes y ont longtemps tenu la mairie, mais en 2026, pas une seule liste ne se revendique du parti à l’étoile. « Là-bas, les ouvriers se sont fait tirer dessus [lors de la fusillade de Fourmies en 1891, ndlr]. Si on n’est pas là, il n’y a plus personne ! », déplore Pierre Nordemann, 43 ans, candidat LO à Vandoeuvre-lès-Nancy, à une quinzaine de kilomètres de Frouard.
Ni le petit nombre d’élus, ni les petits scores ne découragent la présence du « camp des travailleurs » aux élections. « Nous, on veut que les gens puissent mettre un bulletin communiste qui veut changer ce monde, explique Pierre Nordemann, même si on sait qu’on est à contre-courant et minoritaires. Si on milite pas, on crève. » Tout en participant aux élections, Lutte ouvrière ne se dit pas dupe du modèle électoral, qui ne leur permettra pas de remettre en question le modèle capitaliste. Rien de paradoxal pour le candidat vandopérien : « On ne croit pas aux élections bourgeoises, mais on y participe quand-même, tout en connaissant les limites ». Il poursuit son raisonnement : « On ne croit pas au capitalisme, mais pourtant on doit bien bosser pour lui ! »
Gaïa Herbelin
Édité par Mahault De Fontainieu
© Carol Burel et Anouk Seveno
Les atteintes à la probité représentent à elles seules près de la moitié des faits reprochés : détournement de fonds publics, prise illégale d’intérêts, favoritisme, trafic d’influence, corruption ou encore concussion. Cette dernière infraction, peu connue, s’applique à un agent public et désigne le fait de percevoir des sommes qui ne lui sont pas dues, ou à l’inverse de ne pas percevoir des sommes qui lui seraient dues. Derrière, viennent les atteintes à l’honneur, comme la diffamation ou les injures publiques, avec 13 affaires, puis l’escroquerie et la fraude avec six cas, notamment pour emplois fictifs.
36 % des plaintes aboutissent à une condamnation
Ces affaires sont toujours à prendre avec du recul, puisque des plaintes peuvent être déposées par des élus d’opposition, en particulier dans les cas d’injures publiques et de diffamation. C'est le cas pour les procédures visant Aly Diouara (LFI) à La Courneuve (Seine-Saint-Denis) ou Régis Juanico (PS) à Saint-Étienne (Loire). Elles peuvent donc servir d’armes politiques, bien que cela ne donne pas d'indication sur la véracité des faits reprochés. Difficile, dans ces conditions, de distinguer immédiatement les affaires fondées des procédures opportunistes. La Société mutuelle d’assurance des collectivités locales le rappelle : seules 36 % des plaintes visant des élus territoriaux aboutissent à une condamnation.
Pourtant, plusieurs propositions de loi récentes ont tenté d’affaiblir les textes législatifs pour rendre la condamnation des maires plus difficile ou moins impactante. En décembre 2025, un texte consacrant la création d’un « statut d’élu local » a été adopté. Il assouplit notamment les critères qui définissent la prise illégale d’intérêt et exclut la possibilité de condamnation pour des conflits d’intérêts « public-public ». Ainsi, un maire qui siègerait aussi au conseil départemental ne pourrait plus être poursuivi s’il prenait des décisions pour sa commune avec son mandat départemental. Cette nouvelle loi souhaite « sécuriser le parcours des élus » selon la sénatrice Françoise Gatel qui portait la proposition. Mais ces efforts pour fragiliser la loi n'affaiblissent pas un principe plus général, rappelé par le code général des collectivités territoriales : « L'élu local exerce ses fonctions avec impartialité, diligence, dignité, probité et intégrité. »
© Carol Burel et Anouk Seveno
© Carol Burel
« Je me suis démené pendant vingt ans pour rien »
Malgré leur premier mouvement de retrait, cinq maires sortants envisagent déjà de présenter une liste en juin. C’est un phénomène qu’on avait déjà pu observer en 2020 : 25 maires sur 103 ont finalement remis leur écharpe, faute de candidats. Mais le plus étonnant, c’est que sur ces 25 maires, cinq ont même décidé de continuer en 2026. « À mesure que la longévité et les effets de l’expérience en tant que maire augmentent, la capacité à supporter les difficultés du mandat augmente aussi », analyse David Guéranger, sociologue, auteur du livre Maires à quoi bon ? paru en janvier 2026. C’est ce que le sociologue appelle la « résignation ». Plus on est maire longtemps, plus on est résigné. Les premiers magistrats apprennent à se « blinder » (selon leurs propres mots rapportés par David Guéranger) pour ne pas se laisser atteindre par les échecs ou les éventuelles déceptions de leurs mandats, permettant leur reconduction.
La résignation va de pair avec le fait qu’on s’attache à l’institution. « Le maire qui a plusieurs mandats d’expérience devient dépendant de son mandat. Le quitter sans successeur signifierait pour lui l’aveu d’un échec : "Je me suis démené pendant vingt ans pour rien." Et le siège vacant signifierait pour lui une dévaluation du prestige de son métier : "Les gens vont croire que j’étais maire parce que personne ne voulait le faire." » Pour les mairies sans tête, plusieurs scénarios se profilent. Une nouvelle liste peut se former à partir d'anciens ou de nouveaux candidats. La période de délégation provisoire peut aussi être prolongée, au cas par cas. En dernier recours, la préfecture propose à la commune de fusionner avec une voisine, après concertation avec les habitants. Seulement trois communes ont fusionné à l’issue du scrutin 2020. C’est par exemple le cas de Vaux-sur-Poligny (Jura, 82 habitants), qui fusionne avec Poligny (4089 habitants) en 2025. À Rothau, Danielle Mazzega, la présidente de la délégation provisoire, et ses deux autres collègues seront chargées d’installer les panneaux électoraux, d’ouvrir les bureaux de vote et d’assurer une permanence le jour de l’élection. L’ancien maire, Marc Sheer, se montre optimiste : « Il y aura au moins une, voire deux listes. » Dans le cas contraire, il n’exclut pas de reprendre l’écharpe.
Carol Burel
Édité par Anouk Seveno
© Arthur Besnard
Les données présentées ici proviennent avant tout de la presse locale et nationale, acteurs majeurs dans la médiatisation de ces affaires. Elles ont parfois été couplées à des dossiers constitués par les associations de lutte contre la corruption, comme Anticor, et à des décisions de justice lorsqu’elles sont disponibles. L’agrégation de ces informations a permis de constituer une base de données contenant trois informations essentielles : le nom des maires nouvellement élus impliqués dans des affaires, les infractions pour lesquelles ils sont mis en cause et le statut de chaque dossier (plainte, mise en examen, condamnation…). Les visualisations créées à partir de ces données soulignent deux phénomènes différents : d’une part, la proportion de maires face à la justice, d’autre part, les infractions pour lesquelles ils sont poursuivis.
Une seule femme face à la justice
Sur le podium des élus les plus inquiétés, André Santini (UDI), maire d’Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), domine le classement avec des procédures et condamnations pour huit infractions, dont trois pour injure publique. Derrière lui se trouvent Édouard Philippe (Horizons) au Havre (Seine-Maritime) et Sylvain Estager (Divers gauche) à Villeneuve-d’Ascq (Nord), chacun impliqué dans des enquêtes ou condamnations pour cinq infractions. En plus de quelques profils particuliers, un territoire se distingue : le 92 où, sur 16 maires de villes parmi les 150 plus peuplées, huit sont dans le viseur de la justice. C’est deux fois plus que la moyenne du groupe.
À noter que sur 22 femmes maires de grandes villes, une seule a fait l’objet d’une procédure judiciaire, une proportion qui reste largement inférieure au reste du groupe. Ericka Bareigts (PS), maire de Saint-Denis (La Réunion) a été condamnée définitivement en 2020 pour « violation de domicile par chargé de mission de service public ». Elle était entrée de force dans une médiathèque régionale pour empêcher qu’elle soit transformée en conservatoire.
En 2014, Lucien et deux de ses colistiers avaient pu entrer au conseil de Frouard avec 22 % des voix. Trois sièges sur 29, c’est peu dans cette commune de près de 7 000 habitants, mais c’est déjà de quoi « faire reculer » la mairie, raconte Myriam Aubert, camarade et épouse de Lucien. En faisant tourner des pétitions, parfois victorieuses, contre des suppressions d’aide au chauffage ou des expulsions de locataires : « On associait toujours les gens, pour faire vivre la lutte des classes », se souvient-elle en se servant un thé. Avec les colistiers de Frouard, elle reconnaît que leur parti a plus de chances loin des grandes villes et de leurs nombreuses listes : « C’est beaucoup plus difficile pour la copine Christiane [Nimsgern] sur Nancy. Ici, il y a un terreau ouvrier et on nous connaît » explique l’ancienne collègue de la candidate nancéienne. Dans la capitale des ducs de Lorraine, LO se cantonne à 1,28 %, en concurrence avec six autres listes. Même histoire dans les autres grandes villes françaises, où la barre des deux pourcents n’a pas été franchie par le parti en mars 2026.
Ailleurs dans le Grand Est, le parti conservait jusqu’alors quelques élus à Ensisheim (Haut-Rhin) et à Chaumont (Haute-Marne), tous éliminés cette année. Le « camp des travailleurs » n’a beau avoir rassemblé que 1,29 % des votes à l’échelle nationale, il peut quand même se prévaloir de 24 conseillers municipaux, soit huit de plus qu’en 2020. On les retrouve principalement dans le Doubs, le Nord, et l’Oise, où le parti récupère jusqu’à trois sièges à Clermont, record national du parti avec plus de 20 % des voix.