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Des remords, beaucoup de remords. Le dernier plan stratégique de l’énergie japonais, publié en février 2025, en est plein, en référence à l’accident nucléaire de Fukushima-Daichii, le plus grave au monde depuis Tchernobyl. Le 11 mars 2011, un séisme de magnitude 9,1 et un tsunami ravagent 600 km de côte et détruisent les alimentations électriques des systèmes de refroidissement de la centrale nucléaire de Fukushima. Le cœur de trois réacteurs fondent, laissant s’échapper d’important rejets radioactifs. Désormais, derrière les « leçons apprises » et les « réflexions sincères », le gouvernement japonais entend « utiliser au maximum les centrales déjà existantes » dans les prochaines années. Objectif : atteindre environ 20 % d’électricité produite par l’atome à l’horizon 2040, soit le double d’aujourd’hui.
Une réouverture massive des centrales et une durée de vie étendue
Quinze ans après le tsunami destructeur, l’heure est plus que jamais à la réouverture de réacteurs nucléaires. Dernier en date : le sixième de la plus grande centrale du monde, celle de Kashiwazaki-Kariwa, en février 2026. Aujourd’hui, le pays en compte une quinzaine en service. Dix-huit réacteurs sont opérationnels mais pour l’instant à l’arrêt et attendent des multiples feux verts de l’agence de régulation nucléaire japonaise. Deux d’entre eux devraient rouvrir dans l’année.
Il y a 15 ans, le Japon est tombé de haut. Avant la catastrophe de Fukushima-Daichii, l’archipel produisait 30 % de son électricité grâce au nucléaire, ce qui en faisait le troisième pays le plus attaché à l’atome, derrière les États-Unis et la France. Après la catastrophe, tous les réacteurs sont mis à l’arrêt. Trois d’entre eux rouvrent dès 2012 mais sont arrêtés de nouveau dans la foulée. Le pays passe plusieurs années sans produire un électron ou presque grâce à ses centrales.
Un pays historiquement nucléarisé
La durée de vie réglementaire du parc nucléaire japonais, qui était de 40 à 60 ans, a par ailleurs été étendue par une loi votée en 2023. Elle exclut du décompte les nombreuses années d’arrêt des réacteurs causées par leur mise en conformité avec les nouvelles règles de sécurité très strictes imposées après l’accident de Fukushima. Par exemple, le réacteur n°6 de la centrale de Kashiwazaki-Kariwa, qui a rouvert il y a quelques semaines, a été mis en service en 1985. Arrêté durant près de 15 ans, de mars 2011 à février 2026, il peut donc théoriquement produire jusqu’en 2060, 75 ans après son ouverture.
Poussé par une opinion publique favorable et un contexte mondial mettant en danger ses approvisionnements en énergie fossile, le Japon rouvre des réacteurs nucléaires.
Une réponse citoyenne et anti-coloniale
Face à la menace impérialiste, la solidarité internationale se réveille. À l’initiative du projet, on retrouve l’Internationale Progressiste, fondée entre autres par l’économiste grec Yanis Varoufakis ou le linguiste Noam Chomsky, ainsi que l’organisation Code Pink, mouvement féministe et pacifiste né de l’opposition à l’invasion militaire de l’Irak en 2008. Au-delà de la base des organisateurs, le mouvement compte s’élargir pour un grand rassemblement à la Havane le 21 mars.
Il n’y est pas surprenant d’y voir une certaine ressemblance avec la démarche de la Global Sumud Flotilla, partie pour Gaza en 2025 pour dénoncer le génocide en cours et apporter de l’aide humanitaire. David Adler, figure britannique de l’Internationale Progressiste fait d’ailleurs partie des anciens de la flottille pour Gaza qui se rendront à Cuba. Dans l’Humanité, le militant revendique l’héritage de la démarche. Face à l’offensive impérialiste, il évoque la responsabilité des « citoyens ordinaires » à briser l’isolement « tant sur le plan matériel que symbolique », ne comptant plus sur des États incapables ou empêchés d’agir.
En France, on ne compte pour l’instant aucun participant déclaré publiquement au convoi Nuestra America, bien que le Parti communiste français et la France insoumise aient apporté leur soutien à la démarche. Cette fois, les militants ne risquent pas l’accueil violent imposé par Israël à la Global Sumud Flotilla, mais le départ n’est pas simple. Le terme flottille a d’ailleurs été abandonné vu la complexité d’un départ par les mers depuis l’Europe, mais le gros des forces venues d’Amérique Latine prendra bien le bateau. Ils n’échappent pas aux galères pour autant : trouver une embarcation pour une telle action n’est pas simple, et les loueurs sont souvent effarouchés par les sanctions de Washington, comme le rapportent les journalistes italiens du Fatto quotidiano.
Arthur Besnard
Édité par Lucie Porquet
Catastrophe humanitaire made in USA
Si l’impact immédiat risque d’être minime, il s’agit aussi de dénoncer le blocus imposé par les États-Unis après la révolution castriste de 1959, privant Cuba de bon nombre d’importations. Pour la population, les conséquences sont désastreuses : service hospitalier réduit, mortalité infantile et absence d'électricité dans les deux tiers de l’île… Il est même impossible d’acheminer les marchandises du port tant le carburant manque. L’ONU dénonce ainsi une « violation du droit international » dans les actes de Washington, infligeant des « souffrances inacceptables aux populations civiles ».
La politique de Donald Trump vient aggraver la situation d’une île déjà meurtrie par le blocus, qui subit en plus la corruption du régime cubain. Au Venezuela, principal fournisseur d’hydrocarbures, les exportations vers l’île communiste ont été stoppées depuis l’intervention militaire qui avait mené à l’enlèvement de Nicolas Maduro. Même difficulté pour les États latino-américains voisins, menacés de sanctions par la Maison-Blanche en cas d’export vers Cuba. Le président Trump ne cache pas ses menaces : « Cuba va tomber aussi », déclarait-il après son offensive en Iran.
Alors que Cuba subit le désastre du blocus que lui imposent les Etats-Unis, la solidarité internationale s’active. Le convoi Nuestra America (Notre Amérique) partira dans les prochains jours depuis l’Italie, la Colombie, ou les États-Unis pour amener de la nourriture et des médicaments aux habitants de l’île le 21 mars, par la mer ou par les airs. L’initiative a déjà reçu le soutien d’activistes comme Greta Thunberg, de politiques comme Jeremy Corbyn ou de proches du maire socialiste de New York Zohran Mamdani. Le groupe de rap irlandais Kneecap, ou le vidéaste marxiste Hasan Piker font aussi partie des figures populaires qui ont annoncé leur participation au convoi ce lundi 10 mars.