Vous êtes ici

Un rapport du Parlement européen alerte sur les atteintes à la liberté de la presse


30 avril 2026

En France, le gouvernement tarde à mettre en place les prérogatives européennes contre les procédures bâillons, alors que le Parlement pointe leur importance dans un rapport adopté à une courte majorité mercredi 29 avril 2026.

Le gouvernement français a jusqu’au 7 mai 2026 pour transposer la directive européenne contre les procédures bâillons, qui a été adoptée par le Parlement européen en 2024. La procédure bâillon est le fait d'assigner un journaliste ou une publication pour obtenir le retrait ou l'abandon d’un article. L’objectif n’est pas forcément de gagner le procès, mais plutôt d’exercer une pression financière sur le média et sa source du fait du coût de la procédure et de sa longueur et dissuade certaines enquêtes. C’est le cas d’Inès Léraud, journaliste lanceuse d’alerte, qui a connu trois procédures bâillons pour avoir enquêté sur l’industrie agroalimentaire et ses impacts environnementaux.

C’est dans ce contexte que le rapport d’initiative sur les droits fondamentaux dans l’Union européenne (UE) a été voté au Parlement européen. Ce rapport vise notamment à alerter la Commission européenne sur le recul démocratique dans certains pays et sur les atteintes à la liberté de la presse. Il s’appuie sur les chiffres du Conseil de l’Europe qui recense les attaques répétées contre les journalistes. 344 atteintes en Europe en 2025, soit 29 % de plus que l’année précédente. Le rapport préconise donc de mieux protéger les journalistes dans les États membres via l’extension des garanties prévues par la directive contre les procédures bâillons aux affaires nationales et pénales.

« Les procédures bâillons, c’est le nouvel avatar de certains États et régimes dits illibéraux », explique Pierre Petillault, directeur général de l’Alliance de la presse et de l’information. « C’est la tentation, pour le politique, de réduire le pouvoir médiatique. » En 2024, 167 cas de procédures bâillons ont été recensés par la coalition « Anti-SLAPP » en Europe. Un chiffre en nette hausse, 27 cas étaient recensés en 2016. 

La Grèce occupe le dernier rang des pays de l'UE dans le classement de Reporters sans frontières sur la liberté de la presse depuis 2022. © Naelysa Boubtita

« Les droits fondamentaux sont devenus un champ de bataille idéologique »

328 pour et 199 contre, adopté à une faible majorité, ce rapport non-contraignant ne fait pas l’unanimité, ce qui provoque l'étonnement de Chloé Ridel (S&D, gauche) car il s’agit uniquement de recommandations : « Avant, ce genre de texte servait juste à affirmer les préoccupations du Parlement. ». Elle constate les changements inhérents à l’arrivée massive de députés d’extrême droite au sein du Parlement depuis 2024. « Aujourd’hui, les droits fondamentaux sont devenus un champ de bataille idéologique. » Les députés d’extrême droite sont en effet vent debout contre le texte, jugé contraignant et liberticide. « Tous les prétextes sont bons pour restreindre la liberté d’expression. On ne combat pas les régimes autoritaires en les imitant », s’offusque Sarah Knafo, (ENS, extrême droite). 

L’extrême droite se refuse de voter pour le rapport, car elle considère que ces questions de droit sont l’affaire des États et non de l’UE : « Sur le fond, on pourrait tomber d’accord sur certaines mesures si cela relevait de prérogatives au niveau national », indique un membre du cabinet de Fabrice Leggeri (PfE, extrême droite).

Un recul croissant de la liberté de la presse en Europe

Face aux menaces qui pèsent à l’encontre de la liberté des médias, l’UE a mis en place plusieurs initiatives qui visent à garantir la liberté de la presse sur le sol européen. On y retrouve le règlement européen sur la liberté des médias, mis en application depuis le 8 août 2025, et le Media Freedom Act, entré en vigueur pour protéger la liberté et le pluralisme des médias dans l’UE. Malgré ces réglementations, les pays membres continuent de chuter dans le classement de Reporters sans frontières publié ce jeudi 30 avril 2026. L’Italie perd sept places au classement passant de 49e à 56e pays sur 180. En 2024, le gouvernement Meloni a fait passer une loi « bâillon » qui restreint l'accès des journalistes aux documents de justice et qui s’ajoute aux procédures bâillons courantes dans le pays.

Naelysa Boubtita et Allan Moutet

Imprimer la page