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Budget : le Parlement engage un bras de fer avec les États membres


30 avril 2026

Le Parlement européen a approuvé une proposition de budget 2028-2034 en hausse de 10 % par rapport à celui proposé par la Commission. Défense, sécurité et compétitivité sont les nouvelles priorités. Une façon de peser dans le bras de fer qui s’annonce avec les États membres.

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Le Parlement européen a décidé de ne pas inclure le remboursement de la dette contractée suite au Covid (NGEU) contrairement à la Commission. © Nina Brulaire

Un budget ambitieux pour « faire face aux nouvelles crises », assure Roberta Metsola, présidente du Parlement européen. Ce mardi 28 avril 2026 à Strasbourg, le Parlement a adopté sa position sur le cadre financier pluriannuel (CFP) de 2028 à 2034, qui fixe le budget et les grandes orientations européennes. Ils se sont appuyés sur la proposition de la Commission présentée en juillet 2025. Les eurodéputés se sont accordés pour une hausse de 10 % par rapport au budget initial.

« Le message est clair : nous sommes unis », déclare Siegfried Mureșan (PPE, droite), qui a porté cette législation. Avec une majorité de 370 voix favorables, elle met l’accent sur de nouveaux axes : la sécurité, la défense et la compétitivité. Le tout, sans rogner sur les dotations actuelles. L’agriculture et la politique régionale restent des priorités, pendant que les moyens alloués à la défense sont multipliés par cinq, et ceux aux migrations et à la sécurité intérieure triplés. L’enveloppe totale est évaluée à 2 000 milliards d’euros pour les sept prochaines années.

Vers une taxe sur les géants de la tech

Pour justifier cette hausse du budget, le Parlement s’est accordé sur la création de nouvelles ressources propres. L’idée d’une taxe sur les géants de la technologie américains, comme Google ou Meta, a notamment été évoquée. Autre grande différence avec le texte de la Commission : échelonner le remboursement de l’emprunt du plan de relance post-pandémie « Next Generation EU ». La dette européenne va donc encore courir quelques années.

Malgré l’approbation du texte, certains groupes parlementaires ne cachent pas leur opposition. 201 eurodéputés ont voté contre ce budget intérimaire. « La cohésion sociale ne peut pas être remplacée par des chars d'assaut et des drones », martèle Estrella Galán (The Left, gauche radicale), dans l'hémicycle. De leur côté, les Patriotes pour l’Europe (PfE, extrême droite) pointent du doigt les nouvelles « taxes et contraintes imposées d’en haut », par la voix de leur représentant Julien Sanchez (PfE, extrême droite).

Les Verts (écologistes), quant à eux, ont voté pour le texte. « On obtient la préservation d'un certain nombre d'éléments, dont le Fonds social européen, ainsi que le programme LIFE », un instrument financier spécifiquement dédié à l’environnement et au climat, précise Marie Toussaint (les Verts, écologistes). « Ce n’est pas notre budget rêvé. C'est un compromis du Parlement européen qu'on soutient, de sorte à pouvoir être plus fort face aux décisionnaires que sont la Commission et le Conseil », poursuit la vice-présidente du groupe écologiste.

Des négociations difficiles

 

C’est maintenant aux États membres de s’exprimer sur la position du Parlement. Et les négociations s’annoncent délicates. Rob Jetten, premier ministre des Pays-Bas, trouvait déjà que le budget proposé par la Commission était trop élevé, avant la hausse proposée par le Parlement : « Le montant du budget [tel que proposé par la Commission européenne] doit absolument être réduit significativement », avait-il affirmé vendredi 24 avril 2026, lors d’un sommet européen à Chypre. Une position partagée par le chancelier allemand, Friedrich Merz.

 

Du côté du Parlement, pas question de bouger une ligne. Carla Tavares (S&D, gauche), autre eurodéputée en charge du rapport parlementaire, prévient : « Nous n’envisageons pas de renoncer à quoi que ce soit sur le budget. » À ses côtés, Roberta Metsola s’est félicitée de la rapidité avec laquelle le Parlement a trouvé un accord : « Nous espérons que le Conseil fasse la même chose pour que les négociations commencent au plus vite. »

 

Car les délais sont courts. Les différentes institutions souhaitent trouver un accord avant la fin de l’année 2026, pour éviter que les échéances électorales ne figent les négociations. Tous ont en tête l’élection présidentielle française de 2027, où l'extrême droite pourrait potentiellement accéder au pouvoir.

 

Nina Brulaire et Lilian Nowak

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