20 avril 2026
Dans l’hémicycle, les écrans s’éteignent, les traducteurs rangent leurs casques… Sur le panneau des votes, le message est clair : l’Union européenne (UE) a choisi ses priorités pour les huit prochaines années. Elles ne sont pas sociales.
Ce budget consacre une nouvelle religion bruxelloise : défense, sécurité, compétitivité. Les lignes pour l’armement commun et la protection des frontières explosent, tandis que les budgets sociaux reculent - à l’image du Fonds social européen (FSE+), pilier de l’emploi et de l’inclusion, qui voit son rôle affaibli.
Pour financer ces priorités, les députés ont approuvé un budget européen plus ambitieux encore que la proposition de la Commission pour 2028‑2034. Un bras de fer s’engage désormais entre les institutions. Plusieurs États membres acquis à des politiques austères refusent toute hausse budgétaire.
En réponse, l’exécutif européen a proposé de fusionner la gestion des fonds alloués à la cohésion, l’agriculture, la migration et la sécurité, ce qui risque de favoriser des arbitrages rapides en faveur de la défense ou de la compétitivité. Le Parlement refuse et défend le maintien de garde-fous sectoriels. Les députés rappellent que la simplification ne doit pas sacrifier la transparence ou le contrôle démocratique.
En toile de fond : la guerre en Ukraine et l’embrasement au Moyen‑Orient qui fait décoller les prix du pétrole. Ursula von der Leyen, présidente de la Commission, brandit la facture énergétique pour justifier un saut quantitatif des recettes, et soutient la création de ressources propres à l’UE. Celles-ci pourraient débloquer près de 60 milliards d’euros par an, grâce au marché du carbone mais aussi à de nouvelles taxes sur les services numériques.
Derrière la routine institutionnelle, les effets sont très concrets : plus d’argent pour les canons et les murs, moins pour les écoles et les politiques sociales. Ce n’est encore qu’une première étape avant l’adoption d’un budget définitif, mais il faudra rester vigilant pour que l’UE ne cède pas entièrement à la peur au détriment de sa promesse sociale.
Salomé Fabre