À quelques jours du premier tour, plusieurs candidats ont été menacés et agressés. Un phénomène qui touche plus particulièrement les partis de gauche. Webex a cherché à comprendre pourquoi.

Un débat organisé le 12 mars à l'Université de Strasbourg avait réuni les cinq candidats favoris aux élections municpales le 12 mars © Zoé Fraslin
Il faisait nuit, vendredi 6 mars, près de l’arrêt de tram Étoile-Polygone, quand Jamila Haddoum, accompagnée de ses enfants de 16 et 15 ans, allait coller une affiche de la liste La France Insoumise menée par Florian Kobryn. Alors qu’un homme l'aperçoit, une discussion cordiale s’engage. Mais à peine l’affiche LFI est-elle déroulée que le ton change brutalement : « Gauchiste de merde », lance l’homme armé d’un couteau.
Cette scène, filmée par la co-listière, s’inscrit dans un climat plus large de tension et de violences qui traverse la campagne strasbourgeoise. « Cette agression arrive dans un contexte où l’extrême droite a désigné LFI comme étant l’ennemi de la République », explique Florian Kobryn, qui a déjà trouvé la porte de son local forcée, la serrure collée et des excréments déposés sur l’entrée. Celui que les sondages annoncent autour des 10 % des intentions de votes n’a pas hésité à le rappeler lors du débat organisé par ICI Alsace, mercredi 11 mars.

«Cette agression arrive dans un contexte où l’extrême droite a désigné LFI comme étant l’ennemi de la République», explique Florian Kobryn lors de la réunion au Cul-terreux mardi 10 mars. © Camille Carvalho
Depuis l’incident début mars, la sécurité des militants a été renforcée : « On ne tracte plus seule, mais à deux ou trois », raconte Halima Meneceur, deuxième sur la liste. Lors d’un porte-à-porte, la fondatrice du groupe d’action LFI à Hautepierre a été menacée verbalement : « Partez sinon je vous cogne », lui a lancé un habitant.
Les Écologistes, crédités d’une vingtaine de points dans les sondages, subissent aussi cette pression : le QG de Jeanne Barseghian a été tagué et son équipe a été visée par des menaces. « C’est une campagne très différente de 2020, parce qu’on est plus connus. On sent un climat de violence qui monte, mais on reste déterminés », souligne la maire sortante.
Strasbourg, théâtre d’un contexte national
Après la mort du militant d’extrême droite Quentin Deranque à Lyon, une vidéo du candidat NPA Cem Yoldas, impliqué dans une bagarre avec des nationalistes en 2023, a ressurgi. Une vague de harcèlement a suivi, alimentée par la candidate du Rassemblement National Virginie Joron, qui a publié l’adresse de son travail. Le 25 février, invoquant des raisons de « sécurité » et « la violence de l’extrême droite », l’ancien de la jeune garde s’est retiré de la campagne. De son côté, Virginie Joron assure n’avoir fait que partager des informations déjà publiques et que le retrait de Cem Yoldas n’a rien à voir avec sa publication.
La liste de Pierre Jakubowicz (Horizons), moins exposée médiatiquement et plus basse dans les sondages (5,5 %), subit à l’inverse peu d’incidents. « Sur cette campagne, on est épargnés », explique Édouard Bailhache, co-listier. Seuls quelques insultes en ligne ont été relevées. « En 2020, notre QG était dégradé presque quotidiennement pendant les mobilisations contre la réforme des retraites. Cette année est plus calme : notre liste est moins clivante, avec des visages moins connus. La violence en politique n’est pas nouvelle, mais elle ne doit pas être banalisée », rappelle l’élève-avocat. Quant à Catherine Trautmann (PS) et Jean-Philippe Vetter, ils n’ont relaté aucun incident publiquement. Contactées par Webex, leurs équipes n'ont pas répondu à nos sollicitations.
Ces événements de discorde dépassent d’ailleurs le seul cadre strasbourgeois. À un an de l’élection présidentielle, les campagnes municipales font office de premier round. La forte visibilité et polarisation de Jean-Luc Mélenchon, tête de file de La France Insoumise, régulièrement critiqué et qualifié d’extrême gauche par le Ministère de l’intérieur dernièrement, retombe directement sur les militants locaux. À Clermont-Ferrand, Lyon ou encore Perpignan, des candidats LFI ont déclaré avoir été victimes d’insultes et de menaces.
Camille Carvalho
Édité par Arthur Besnard