Au meeting qu’elle a tenu mardi 10 mars, l’ancienne maire socialiste a misé sur un discours d’opposition aux écologistes pour séduire les indécis, tout en faisant face aux critiques sur son image jugée trop tournée vers les seniors.

L’ancienne maire socialiste de Strasbourg, Catherine Trautmann, a tenu un meeting dans la soirée, mardi 10 mars 2026. © Gaïa Herbelin
« On fait la course en tête et pourvu qu’on le reste ! » Il est 19h20 au palais des fêtes de Strasbourg ce mardi 10 mars et, dans la salle, 700 personnes sont venues assister au meeting de Catherine Trautmann, la candidate socialiste à la tête de la liste “Pour Strasbourg”. Devant un public impatient et emballé, elle entre sous les applaudissements, au son de Pookie d’Aya Nakamura, malgré la quasi-absence de jeunes dans la salle.
Le premier tour des élections municipales doit se tenir dimanche et les deux dernières études d’opinion publiées placent Catherine Trautmann en tête, avec dix points d’avance sur la maire sortante Jeanne Barseghian (Les Verts) et Jean-Philippe Vetter, candidat Les Républicains.
Conseillère municipale depuis 43 ans
Un retour au premier plan d’un poids lourd de la politique strasbourgeoise, et de la politique tout court. Engagée en tant que conseillère municipale d’opposition depuis 1983, elle est élue maire PS en 1989 puis 1995. En parallèle, elle cumule un mandat de députée entre 1986 et 1988, puis un mandat d’eurodéputée de 1989 à 1997. Elle interrompt ses fonctions locales et européennes lorsqu’elle est appelée par Lionel Jospin pour être ministre de la Culture. Elle reste au gouvernement pendant cinq ans, avant de revenir à la vie strasbourgeoise en 2000. De 2004 à 2014, elle siège au Parlement européen. Depuis, elle n’exerce plus que ses fonctions de conseillère municipale, un mandat qu’elle occupe depuis 43 ans maintenant.
Trautmann avait déjà tenté de revenir à la tête de la ville en 2020, en remplaçant à la dernière minute la tête de liste, Maxime Cahn. Elle était arrivée en troisième place derrière Jeanne Barseghian et Alain Fontanel (LREM). Après avoir rejoint l’opposition, elle retente sa chance cette année, avec plus de chance de parvenir à ses fins, selon les sondages.
Opposition anti-Barseghian
Face à de nombreux soutiens, elle est venue présenter son programme et espérait convaincre les derniers indécis. Mais comment expliquer ce retour en force de l’ancienne maire de la Ville, 25 ans après son dernier mandat. Déjà par ses attaques directes envers la mairie écologiste. La socialiste n’a cessé d’appuyer sur ce clivage tout au long de sa campagne. Pendant une heure de monologue face à une audience conquise, la socialiste a longuement rappelé son attachement à la laïcité tout en reprochant à la mairie actuelle de favoriser le communautarisme. Elle a également appuyé sur tous les points d’accroche qui parlent aux Strasbourgeois anti-Barseghian : les aménagements cyclables rue Mélanie, l’endettement de la ville, les rétropédalages sur le tram Nord ou encore l’extinction de l’éclairage public la nuit.
Trautmann se positionne comme la candidate qui va « rendre la ville » aux Strasbourgeois grâce à un mandat « de redressement et de réparation ». En jouant sur la nostalgie et sur son poids politique local et national, elle rassure une partie de l’électorat qui a vu en Barseghian une trop grande radicalité. Si la septuagénaire se présente comme le « choix du mouvement » face à la « continuité », elle semble pourtant incarner un espoir de retour à la normale, pour clore la parenthèse écologiste.
Profil consensuel
L’opposition aux politiques écologistes semble donc être au cœur du vote Trautmann, mais ce n’est pas la seule raison : « Elle va sûrement me convaincre, pourtant je ne vote pas obligatoirement à gauche. Elle se rapproche du centre donc c’est plus acceptable. Aux dernières élections, j’avais voté écologiste, mais ce n’est plus envisageable », soutient une retraitée dans l’assemblée, qui reproche pourtant à la socialiste son côté « démago ».
Tamara Kartvelishvili, 46 ans, a également été conquise par la personnalité de Catherine Trautmann alors qu’elle avait voté pour Jean-Philippe Vetter en 2020 : « Elle a beaucoup de profondeur, elle est orientée vers les gens et elle inclut tout le monde. » Pour certains, elle incarne une figure rassembleuse, capable de convaincre tout le monde : « Elle peut apaiser les tensions. Ces dernières années, la mairie a opposé les gens, les modes de transport, les âges », explique Marzieh Flaischer, 64 ans, candidate en 33e position sur une liste que Trautmann désigne comme « sans tutelle ». Dans les faits, elle est tout de même investie par le PS, et les premières places de la liste reviennent tout de même à de fidèles socialistes.
Liste la plus âgée de la ville
Dans la salle, tout le monde n’est pas convaincu par les arguments de Trautmann et de ses soutiens. Justine, Camille et Marguerite, la trentaine, sont venues assister au meeting parce qu’elles « hésitent avec Barseghian ». Résultat ? « On n’est pas hyper convaincues. Elle parlait à son public, elle n’a pas proposé grand chose de concret pour les jeunes. Sur l’université, à part dire qu’elle est prestigieuse, elle n’a pas du tout parlé de précarité étudiante par exemple », développent les trois amies, « Elle est plutôt axée sur les personnes âgées, elle fait partie d’un ancien temps de la politique. » Une image que Catherine Trautmann s’efforce de gommer à coups de chansons jeune public. Le 4e candidat sur sa liste, Mourad Oualit, a même tenté de diversifier l’assemblée en obligeant des footballeuses de son club FCOSK 06 à se rendre au meeting, avant que l’information ne soit révélée par Florian Kobryn.
Difficile de se détacher de cette réputation donc, surtout quand la candidate de 75 ans est à la tête de la liste la plus âgée de la ville, avec une moyenne de 53 ans. D’ailleurs, dans la salle, quelques rares moins de 25 ans s’étonnent d’une référence à François Mitterrand serrant la main d’Helmut Kohl à Verdun, qu’ils trouvent datée et peu accessible. Sans parler des mesures spécifiques aux séniors, comme la gratuité des transports pour les plus de 65 ans ou la création d’un Conseil des aînés.
Second tour compromis
Pourtant Catherine Trautmann ferait bien d’intéresser davantage les plus jeunes, car ils pourraient faire la différence, à terme. Si la candidate socialiste reste loin devant sa concurrente écologiste, en cas de second tour contre Jeanne Barseghian, elle pourrait être menacée par une alliance des gauches. Florian Kobryn (LFI) a de nouveau émis l’idée d’une « union antifasciste ». Si Les Verts n’ont pas encore statué sur la question, les scores présumés de Jeanne Barseghian et de Florian Kobryn additionnés seraient égaux aux pronostics de Trautmann. De quoi donner une chance à la majorité municipale de conserver sa place. Mais cela ne semble pas inquiéter l’ancienne ministre de la Culture, qui poursuit sa campagne sans considérer une union des gauches, contrairement à ce qui est observé à Bordeaux ou à Nantes. Hier encore, sous les applaudissements, elle a confirmé « On nous demande parfois si nous allons nous allier à LFI ou aux écologistes. La réponse est simple, elle tient en un mot : c’est non. »
Gaïa Herbelin
Édité par Esther Dabert