Un cheval à bascule usé par le temps et une playlist qui alterne entre chansons tradis allemandes et françaises. Dans cette petite salle d’exposition strasbourgeoise le temps semble suspendu au début du siècle dernier. Ce que l’on vient voir ici, c’est l’exposition « Chambre noire », une centaine de portraits en noir et blanc, accrochés aux murs. Religieux, jeunes enfants, nouveaux mariés, militaires, sapeurs-pompiers, patriarche moustachu, tous y sont passés, posant fièrement, souvent de trois-quarts et le regard au loin. Des photographies, « symboles de la société de l’époque », note Alain Berizzi, à l’origine de cette exposition.
Comme souvent pour Alain Berizzi, l’aventure a commencé dans une brocante. Ce chargé de communication, fervent collectionneur depuis 40 ans, écume les marchés aux puces de la région à la recherche de nouvelles trouvailles. C’est lors d’une de ses maraudes hebdomadaires dans Strasbourg, qu’il découvre au fond d’un sac en plastique, ce lot d’une centaine de plaques de verre photographiques.
Après six mois d’enquête, le collectionneur identifie le studio de photographie où les portraits ont été pris. Un studio strasbourgeois, anciennement situé sur la grande île qui fut successivement tenu par Émile Lorson père entre 1880 et 1917 et repris à sa mort par Émile Lorson fils jusqu’en 1945. Une plongée dans l’histoire alsacienne.
Les portraits, le miroir des changements sociétaux
« L’atelier photographique est un miroir de la société qui se développe, avec ses complexités historiques », affirme Alain Berizzi en balayant sa salle des yeux. Entre 1871 et 1945, le peuple alsacien a connu pas moins de trois conflits franco-germaniques et cinq changements de nationalité. Cette situation a causé des problématiques identitaires, dans ce territoire tantôt français, tantôt allemand. Une oscillation qui se remarque dans les portraits d’Émile Lorson, surtout fils.
« Émile Lorson fils a par exemple pris ce portrait dans les années 1930 », pointe Alain Berizzi en s’approchant du portrait de deux jeunes femmes, représentant les allégories de l’Alsace et de la Lorraine. « Avec leurs cocardes bleues, blanches, rouges, elles sont ici le symbole de la France victorieuse. »
De l’autre côté de la salle, c’est un tout autre public qu’il a photographié dans les années 1940. Côte à côte, des portraits de jeunes militaires allemands arborant au bras des croix gammées ou d’autres symboles belliqueux, à l’instar de ce très jeune soldat, pris de plein pied, les insignes de la célèbre bataille de Barbarossa accrochés sur la poitrine.
Le photographe, simple observateur ?
À l’arrière de certains portraits de militaires nazis, ce collectionneur a été surpris de découvrir des coupures de journaux de l’époque. « Dans cet article, il est écrit par exemple que 80 000 étoiles jaunes ont été distribuées », traduit-il de l’allemand. « Cela prouve que le photographe était au courant de l’actualité. Et il sait que l’histoire laisse des traces, il sait qu’il y a des choses terribles qui sont en train de se passer devant lui. » Mais alors, « le photographe s’est-il à un moment posé la question de ce qu’il faisait avec son travail ? », Alain Berizzi n’a pas encore toutes les réponses à ses questions.
Et puis, il y a une photographie qui détonne. Quatre jeunes hommes en rang d’oignon, vêtus de pseudo robe de juge portant des barbes postiches, un maquillage clownesque et de hauts chapeaux, parfois avec une tête de mort. « Peut-être des étudiants qui ont réussi leurs études ou une caricature de ce rôle », avance Alain Berizzi. Une ambiance carnavalesque qui rompt avec ce havre de sérieux et d’esthétisme.
Camille Gagne Chabrol
Édité par Tara Abeelack
À Strasbourg, le collectionneur Alain Berizzi expose jusqu’à fin mars une série de portraits d’intérieurs intitulée « Chambre noire ». Prise entre 1880 et 1945, dans un studio alsacien, elle plonge dans l’histoire de la région.
C’est le plus grand évènement consacré à la présentation de matériel de pêche dans le Nord-Est de la France. Ce samedi et dimanche, 12.000 personnes sont attendues dans les allées aménagées du Zénith de Strasbourg, pour mettre à l’honneur les 105 exposants venus des quatre coins du pays, de Suisse ou d’Allemagne.
Matériel de pêche, nautisme et nouvelles technologies sont les trois grands axes de vente du salon. Pour écouler leurs stocks, les commerçants ont misé sur des produits tournés vers une clientèle de jeunes actifs. En effet, la nouvelle génération a investi en masse la pratique, au point d’en redynamiser le marché : « On s’éloigne de plus en plus du cliché du papi qui va pêcher ses cinq carpes seul sur son bateau », remarque Michael Teterycz, co-fondateur de l’association Les Carnassiers Boerschois, organisatrice de cette réunion des acteurs du monde de la pêche.
Un vivier qui rajeunit
Selon les derniers chiffres de la Fédération nationale de la pêche en France, les moins de 18 ans représentaient par ailleurs près du tiers des adhérents à une carte de pêche en France, séduits par les nouveaux modèles qui émergent sur le marché. Et tout particulièrement derrière les stands du salon multi-pêche.
« C’est un peu la librairie que j’aurais aimé avoir plus jeune près de chez moi. » Le choixpeau magique de Poudlard trône en haut d’une étagère, une sculpture de visage ricanant sépare deux tomes de l’américain Stephen King et une grande horloge dans la veine steampunk égrène les secondes derrière le comptoir. Rue Munch à Strasbourg, Antoine Gateau vit « un rêve d’adolescent », entouré de ses 4000 ouvrages mêlant science-fiction et horreur. À 47 ans, cet ancien garde-forestier à l’Office national des forêts a rangé ses bottes au placard pour se plonger dans le monde des livres. À Strasbourg, où se côtoient plusieurs boutiques spécialisées en mangas et polars, il manquait tout de même une référence en matière de « littérature de l’étrange ». Avec Obscurae, le public peut maintenant se donner rendez-vous aux rayons fantasy, hantise ou encore ufologie, une discipline qui se rapporte aux ovnis. « Je ne propose pas que du divertissement, il y a aussi des ouvrages plus sérieux avec par exemple des analyses universitaires qui prennent des textes sous le prisme historique ou politique. »
Un lectorat à attirer
Si le libraire novice sait qu’il pourra majoritairement s’appuyer sur un public fidèle et avisé déjà amateur de grands évènements comme le Festival européen du film fantastique de Strasbourg, il espère attirer une frange de lecteurs plus habitués à entendre parler des œuvres par le biais du cinéma et des séries télévisées, à l’instar des récents Sandman ou Les anneaux de pouvoir qui explorent le monde créé par Tolkien : « On pense que la littérature de l’imaginaire est une sous-culture, or elle domine actuellement. » Le gérant cherche à tordre le cou à certaines idées reçues qui renverraient dos-à-dos la littérature blanche, ou classique, à une littérature peuplée de créatures fantastiques, jugée plus « légère ». « Jules Verne fut ma première lecture. Et on l’a vu, ce fut un précurseur. Ses textes sont bien écrits, il y a un vocabulaire détaillé, une documentation importante », souligne celui qui rêve par ailleurs d’inviter Maxime Chattam. Antoine Gateau mise sur la richesse de son catalogue, mais aussi sur la particularité de ses lieux « accueillants, mais qui sortent de l’ordinaire ».
Depuis fin janvier, les forêts au Chili brûlent. Pourtant, en été, les feux de forêt ne sont rien d’exceptionnel. Le pays est habitué à des milliers de feux par an, en général rapidement éteints par les brigades spécialisées. Ce qui est exceptionnel dans la situation actuelle, c’est que les feux ne sont plus contrôlables, explique Andrés Meza, ingénieur forestier et professeur en gestion des aires protégées a l’Université Catholique de Santiago au Chili.
Plus de 400.000 ha de forêt dans le centre-sud du pays ont déjà été engloutis par les flammes. À ce stade, les habitants des territoires concernés ne sont plus capables de faire face à ces feux. Les brigades de lutte contre les incendies de forêt du gouvernement central et des forces étrangères utilisent des avions et des hélicoptères. L’armée a pris contrôle de certaines régions concernées. 26 personnes ont perdu la vie dans les flammes – des civils, des membres de brigades et des pilotes d’hélicoptère. Andrés Meza était en première ligne dans la lutte contre les derniers feux extrêmes en 2017.
L'origine des feux de forêt au Chili
Plus de 500.000 ha de forêt ont été détruits en 2017, rapelle Patricio Pliscoff, professeur spécialisé dans les analyses de changement climatique sur la biodiversité à l’Université Catholique de Santiago de Chili. Il précise que presque tous les feux au Chili sont d’origine humaine. Ils peuvent être produits accidentellement par des engins agricoles, des feux mal éteints ou des câbles électriques mal isolés. Mais une grande partie des feux est aussi causée volontairement pour « nettoyer » des terres afin de les préparer à des plantations. Les médias parlent d’une vingtaine de personnes arrêtées, prétendument responsables du déclenchement des feux.
Chaleur, sécheresse et vent
Plusieurs facteurs défavorables sont responsables de ces feux gigantesques, expliquent les deux scientifiques. Le changement climatique cause actuellement des températures d’environ 40°C dans le centre-sud du pays, les températures les plus élevées jamais documentées au Chili. Avec une sécheresse extrême et un vent très fort, qui vient des Andes ils créent un scénario propice pour des feux catastrophiques. Les plantations de forêt offrent dans ces conditions le combustible parfait pour nourrir les flammes. Mais pourquoi les feux peuvent-ils s’étendre si rapidement dans ces plantations ?
La situation des forêts au Chili
« Les forêts naturelles ne sont presque jamais affectées par les feux de forêt », explique Andrés Meza. « Des arbres et arbustes d’âges différents protègent le sol de l’assèchement et permettent de garder de l’humidité dans la forêt. » Le Chili possède encore à peu près la même surface de forêts naturelles que la France. Mais 3,5 millions ha de forêts chiliennes sont des plantations industrielles pour l’exploitation du bois. Pour les rendre le plus rentable possible, des arbres à croissance rapide étaient importés.
Le pin et l’eucalyptus ne sont pas des espèces natives. Plantés en monoculture, ils offrent un combustible idéal. « Imaginez des énormes forêts où tous les arbres ont le même âge, le même code génétique. Ils sont donc affectés de la même manière par la sécheresse et des maladies », décrit Andrés Meza. Le bois d’eucalyptus contient en plus beaucoup d’huile. Une autre raison qui explique pourquoi cette espèce est très inflammable.
Une forte industrie du bois, un choix politique
Le pin et l’eucalyptus sont la base de l’industrie du bois au Chili. Elle représente aujourd’hui entre 2 et 3 % du PIB du pays, qui en est le principal exportateur. Une performance due à un choix politique fait en 1974, un an après le coup d’État militaire. A cette époque, le gouvernement du dictateur Augusto Pinochet a décidé de prendre une voie néolibérale pour l’économie au Chili. Il a fait passer le décret 701, explique Patricio Pliscoff. Les plantations à croissance rapide de pins et d'eucalyptus ont ainsi été subventionnées par l'État.
Comment ça peut changer ?
En tant que vice-président de Agrupación de Ingenieros Forestales por el Bosque Nativo, une association de chercheurs et ingénieurs de forêts, Andrés Meza s’engage pour des forêts naturelles et résistantes aux flammes. Il va intervenir dans les zones touchées une fois les feux contrôlés, pour voir comment les territoires peuvent être restaurés. La constitution actuelle du Chili, introduite par le régime de Pinochet, donne encore beaucoup d’influence à l’industrie du bois.
Un premier projet de nouvelle constitution aurait pu changer cela. Andrés Meza y était très impliqué pour proposer des nouvelles normes pour la protection des forêts naturelles. Le projet a été rejeté en septembre 2022. Un nouveau projet est en train d’être élaboré, l’association de Andrés Meza y participant également. Le nouveau président Gabriel Boric, en poste depuis 2022, est plus favorable aux questions écologiques et a compris la nécessité de réglementer les plantations, affirme Andrés Meza.
Mais l’industrie du bois reste un poids politique important dans le pays. « Maintenant c’est à nous, les scientifiques, d’insister sur l’importance d’un changement radical dans le modèle forestier au Chili. Une nouvelle Constitution de la République pourrait être la clé pour un modèle de développement forestier au Chili. »
Luise Mösle
Édité par Christina Genet
La librairie Obscurae a ouvert le 8 février dernier, jour de la naissance de Jules Verne, l'auteur favori d’Antoine Gateau. Le gérant de la boutique spécialisée compte bien partager sa passion pour l’imaginaire à travers sa boutique.