
Le conseil de l'Eurométropole de Strasbourg a lieu ce vendredi 29 mai.
Des logements sociaux inadaptés et attribués sans méthode ni transparence, un parc des expositions au budget mal géré par la collectivité... Les deux rapports présentés par la chambre régionale des comptes du Grand Est devraient constituer le point chaud du conseil de l’Eurométropole de Strasbourg (EMS) de ce vendredi 29 mai. Avec une nouvelle majorité qui ne se privera pas d'incriminer l'ancienne.
Le conseil de l'Eurométropole de Strasbourg devra se prononcer sur deux rapports de la chambre régionale des comptes du Grand Est ce vendredi 29 mai. Le premier porte sur le logement social dans l’EMS et le second sur le nouveau parc des expositions de Strasbourg inauguré en septembre 2022 au cœur du quartier du Wacken. La juridiction chargée de contrôler les budgets des collectivités locales dresse un bilan accablant sur ces deux points. Sa nouvelle présidente Catherine Trautmann (PS) ne devrait pas rater cette occasion d’attaquer le bilan de son adversaire politique et ancienne maire de Strasbourg, Jeanne Barseghian (EELV).
Le marché des HLM accuse d’importants retards
“Une inadéquation croissante entre l’offre et la demande de logements sociaux” titre le rapport sur l’accès au logement social sur le territoire de l’EMS. Son analyse porte sur les exercices 2021 et suivants pour tirer une conclusion simple : le marché du logement social dans l'agglomération est inadapté. Alors même que les demandes y représentent 80% de celles du Bas-Rhin, dont les deux tiers dans la ville de Strasbourg. Avec un taux de pauvreté qui dépasse les 20%, l’EMS n’arrive plus à suivre. Les taux d'attribution se sont effondrés en passant d’un dossier traité sur quatre à un sur huit entre 2016 et 2024.
Le rapport dénonce un manque d’analyse du marché. La majorité des dossiers concernent des personnes seules en situation de précarité ou des familles nombreuses. Or les logements construits sont majoritairement des T3 et T4 inadaptés à ces profils. Les bailleurs ne se coordonnent pas, ce qui donne lieu à des doublons d’attribution et des erreurs administratives. Certains traitent même encore leurs dossiers au format papier. En résumé, les politiques publiques qui veulent régler le problème d’offre manquent cruellement de cohérence avec la demande.
Pour répondre à ces problématiques, la chambre régionale des comptes du Grand Est demande à l’EMS une étude approfondie mais évoque déjà des pistes de solutions. Pour alléger la charge administrative, elle propose de limiter l’instruction aux dossiers complets et pour garantir l’égalité de traitement, elle recommande la transparence totale des critères de rejet.
Naufrage financier au Wacken
Achevé en 2022 avec un an de retard, le nouveau parc des expositions aura finalement coûté 120 millions d’euros, soit 40% de plus que prévu. La chambre régionale des comptes du Grand Est parle d’une “construction marquée par des dérives budgétaires et calendaires”. Un euphémisme pour une construction qui de surcroît couvre 20% moins de superficie que le projet initial. Circonstances atténuantes, la construction a été frappée par la crise sanitaire du Covid 19 et l’augmentation des coûts mais ça n’explique pas tout. Le rapport dénonce des sous-estimations dès la phase d’étude et un manque de contrôle de la collectivité sur sa délégation de service public.
Et depuis la livraison, les problèmes continuent avec des retours sur investissements insuffisants. Si le rapport reconnaît un réel gain pour la vie culturelle, plusieurs locations sous-facturées, comme celle de l’exposition Toutankhamon créent un manque à gagner important. Ainsi, les dividendes reversés à l’EMS couvrent à peine les frais d’entretien.
La chambre régionale des comptes du Grand Est rappelle donc l’importance de la mise en concurrence sérieuse des projets et celle de leur encadrement. Le rapport exige également une transparence comptable par rapport aux chiffrages qui lui ont été transmis et qu'elle juge bancals. Cerise sur le gâteau, de nouveaux coûts sont à prévoir pour la rénovation thermique des halls.