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Une attractivité aléatoire dans la ZA
Cependant, tout peut se jouer à quelques mètres. Juste à côté, l’entreprise de nettoyage Sonetmo peine à pérenniser l’installation de food trucks sur son parking. Don Carlo, pizzaïolo, venait tous les mardis devant la boutique. Un emplacement “trop caché” selon lui, à l’origine d’un manque d’affluence, qui l’a poussé à partir après seulement trois mois d’activité. Pour les restaurateurs, la ZA n’est pas toujours perçue comme rentable. “On a contacté une association de food trucks qui a refusé de venir”, explique Nicolas Vorburger, président de Sonetmo.
L’offre de l’entreprise est pourtant alléchante. “Ils ne paient pas de loyer et nous, ça nous permet d’avoir plus de visibilité. C’est vraiment donnant-donnant”, précise Nicolas Vorburger. Vachement Bon, un truck de burgers, a ainsi tenté sa chance en remplaçant Don Carlo en octobre 2025. Laura Beauguitte, sa gérante, connaissait l’endroit : “On était déjà dans la zone l’année dernière, sur un emplacement public. Mais avec les travaux d’arrivée du tram, on a vraiment vu notre chiffre baisser.” Avec des premiers services d’une quinzaine de burgers, elle espère que les ventes décolleront d’ici l’année prochaine.
Également président de l'Association des entreprises de la zone d’activité, Nicolas Vorburger souhaite développer un site internet pour “se renseigner sur ce qu’il y a à manger dans la zone”. L’objectif : aider les food trucks à se faire connaître, tout en créant plus de cohésion entre les entreprises.
Bertille Lietar et Enora Moreau
La jeune femme de 23 ans a lancé son activité en s’associant à un salon de coiffure à Haguenau. Puis en février 2024, elle s’installe dans le centre-ville d’Eckbolsheim. Son père finance le projet. Il achète le local, anciennement occupé par le fleuriste Bande à part, ainsi que l’appartement, situé à l’étage. La technicienne en extension de cils les lui loue. Pour les travaux, Emma Fischer sort de sa poche 4 000 euros.
À Wolfisheim, Mandy Cardoso Vaz, 22 ans, vient d’ouvrir son enseigne sous le nom “MCBelezaa”. À l’instar de la Maison des cils, sa boutique reprend les codes des décors présents sur les réseaux sociaux. Spécialisée dans le soin des ongles, elle sous-loue une partie de son salon à une esthéticienne et une masseuse. La jeune femme s’est lancée il y a deux ans dans l’onglerie : “Au début, je me demandais comment ça allait fonctionner, puis je me suis spécialisée dans le nail art, ce qui m’a permis d’attirer ma clientèle”.
Des formations éclairs
Auparavant, la jeune femme était auto-entrepreneuse. Un statut qu’elle a délaissé pour créer sa propre société, ce qui lui permet de payer moins de cotisations sociales. “Je ne paye que l’Urssaf, ce qui représente 22 % de mon chiffre d’affaires.” Elle veille à ne pas dépasser le seuil de 77 000 euros par an pour éviter de trop contribuer. Ses parents l’ont épaulée, sa mère qui est assistante comptable l’a conseillée.
“On est un peu les irréductibles Gaulois, on espère que ça va durer encore quelques années”, explique le propriétaire Maxime Schell, dit Max. Lorsque ses parents partent à la retraite à la fin des années 2000, Max s’estime trop jeune pour leur succéder. Le lieu connaît alors une valse de trois propriétaires en quelques années. C’est en 2015, après avoir terminé ses études, que Max reprend les rênes de l’entreprise à seulement 24 ans, avant d’être rejoint par sa compagne, Alix Gremmel, il y a quatre ans.
Une cohabitation viable entre trucks et entreprises
Entre food trucks, la concurrence reste limitée. Bien qu’ils soient quatre à stationner sur un secteur réduit de la ZA, ils ne sont que rarement présents en même temps. C’est d’ailleurs une stratégie commerciale. “Si tu n’es là qu’une fois dans la semaine, tout le monde vient. Tu provoques l’envie”, souligne Jérémy Lekieffre. Un système viable pour les restaurateurs qui déplacent leur camion autour de Strasbourg le reste de la semaine. Présent tous les jours, Bagerhoff fait figure d’exception. Sandwichs, tantuni, plats du jour : son atout, la diversité de sa carte.
Pour les clients, « s’il y a plus de choix, c’est mieux »
Beaucoup de clients y voient une alternative aux chaînes de fast food et aux salades du supermarché. Pour Jean-Marie, comptable au cabinet Zorgniotti, “l’avantage, c’est la rapidité et la proximité”. Un avis partagé par Louise et Kristell, auxiliaires vétérinaires, qui courent souvent entre deux urgences à la pause déjeuner.
Les food trucks séduisent même au-delà de la ZA. Devant le camion de Jérémy Lekieffre, un chauffeur routier de passage et les gendarmes de Wolfisheim, des habitués, s’arrêtent pour manger. Nezvat Bagg ne cache pas sa fierté d’avoir réussi à attirer des fidèles de son ancien restaurant de Strasbourg : “Je fais se sentir les gens chez eux. Donc, même si c’est dans une zone industrielle, ils viennent.”
Le propriétaire, Nevzat Bagg, s’est installé dans la zone d’activité (ZA) d’Eckbolsheim en août 2025 après avoir fermé son restaurant de spécialités turques dans le quartier Bourse à Strasbourg. “J’ai voulu changer d’activité pour faire plus petit et me concentrer sur moi-même”, explique-t-il. Client de Nettopneu, il a appris qu’un emplacement était disponible à la location chez Fubat. “Quand j’ai vu que c’était une zone assez active, je n’ai pas hésité”, affirme-t-il.
Acquis par la commune de Wolfisheim en 1996, le fort Kléber a laissé son passé militaire derrière lui. Pendant près de trente ans, il a vibré au rythme de la vie associative. Depuis la fermeture administrative prononcée en 2024, il est entré en hibernation.
Le champ disparaît presque entièrement derrière le brouillard. Une brume si dense qu’elle oblige Mathias Ostermann à faire avancer son tracteur au pas. Ce matin-là, le jeune agriculteur sème le blé sur sept hectares de terrain, au nord de Wolfisheim. À 23 ans, il gère, avec son frère Arnaud, la ferme du Muehlbach. “Je conduis le tracteur depuis mes 12 ans”, déclare-t-il, fier. L’exploitation familiale, qu’ils ont héritée de leur père, est l'une des dernières encore en activité dans la commune.