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13/03/26
09:36

Zone stratégique, envolée du pétrole… Tout comprendre au blocage du détroit d’Ormuz

Depuis le 28 février, l’Iran bloque le détroit d’Ormuz, passage stratégique par lequel transite près d’un cinquième du pétrole et du gaz mondial. Une situation inédite qui paralyse le trafic maritime et fait flamber les cours.

 

En 2012, les Etats-Unis avaient déjà déployé des portes avions de l’US Navy dans la zone. ©U.S. Navy 
 

Pour mettre la pression sur Israël et les États-Unis dans la guerre qui les oppose depuis le 28 février, l’Iran bloque le détroit d’Ormuz. C’est la seule sortie vers l’océan Indien pour le pétrole du Moyen-Orient. Large d’à peine 55 km, son blocage déstabilise le trafic maritime international et paralyse l’économie mondiale. Décryptage de la situation en quatre questions. 

  • C’est quoi le détroit d’Ormuz ? 

Le détroit d’Ormuz est une bande de mer large de 55 km et longue de 212 km au sud du golfe Persique. Impossible de le contourner : c’est la seule porte de sortie du pétrole du Moyen-Orient. Chaque jour, environ 20 millions de barils (1 baril = 159 litres) y transitent, soit près de 20 % de la production mondiale. Il constitue aussi l’unique accès à l’océan Indien pour l’Irak, le Koweït, le Bahreïn, le Qatar et les Émirats arabes unis.

Artère de la mondialisation, il en est aussi le talon d’Achille. Partagé entre l’Iran au nord et Oman au sud, sa forme en entonnoir le rend relativement facile à contrôler. 

 

Flourish et Mahault de Fontainieu

 

  • Pourquoi on en parle ? 

Face aux attaques israélo-états-uniennes, l’Iran riposte en faisant pression sur le commerce international. La semaine dernière, la république islamique a affirmé qu’elle empêcherait « l'exportation du moindre litre de pétrole de la région vers le camp ennemi et ses partenaires jusqu'à nouvel ordre ».

Ce blocage se matérialise par des attaques de drônes iraniens sur les pétroliers bloqués dans la zone. Une vingtaine d’incidents a été recensée à ce jour, selon l'agence de sécurité maritime britannique (UKMTO). Dans le même temps, les Gardiens de la Révolution resserrent leur mainmise sur le détroit en plaçant des mines explosives à la surface de l’eau.

3 000 navires sont figés dans des zones de mouillage de part et d'autre de la pointe. Selon l’UKMTO, le trafic a baissé de 80 % depuis le début de conflit. Seuls quelques navires sous pavillon russe et iranien ont eu la possibilité de passer. Le régime iranien s’attaque aussi à la production d'hydrocarbures en visant des installations pétrolières et gazières dans les autres pays du Golfe.

 

Tous les navires de la zone ont déserté le détroit pour se protéger. Vue satellite du trafic dans le détroit d’Ormuz le 12 mars 2026 à 18h14. © MarineTraffic 

 

  • Quelles sont les conséquences sur la production mondiale de pétrole ? 

Cette situation est inédite. Jamais cette plaque tournante de la mondialisation n’avait été bloquée hermétiquement. Privant ainsi l’économie mondiale de 30 millions de tonnes de pétrole, actuellement bloqués sur les bateaux. En parallèle, les pays du Golfe, dans l’incapacité d’écouler leurs stocks, ont réduit leur production de 10 millions de barils par jour. 

Les cours du brut ont flambé, atteignant près de 120 dollars le baril lundi, soit le double de la normale, et entraînant la hausse des prix des carburants à la pompe dans le monde entier. Pour apaiser les inquiétudes, les 32 pays de l'AIE  (l'Agence internationale de l'énergie) ont annoncé un effort conjoint pour mettre sur le marché 400 millions de barils, le déblocage « le plus important » de l'histoire de l'institution. Un « geste symbolique », analyse Stephen Innes, prévisionniste des marchés financiers à l’AFP. Cette mesure pourrait « atténuer la volatilité [du prix du baril] pendant quelques heures » mais n’aurait pas un effet à long terme « dans un contexte où la plus importante artère maritime du monde est menacée ». Aujourd’hui, les prix tournent toujours aux alentours de 100 dollars. 

  • Comment les régions sont affectées ?

Pour l’instant, l’Europe est surtout touchée par les fluctuations des prix et leurs répercussions sur les consommateurs, notamment à travers le coût du carburant. En 2025, les pays de l’Union européenne n’ont importé qu’environ 5 % de leur pétrole brut depuis le Moyen-Orient, selon l’entreprise d’analyse de données Kpler, privilégiant d’autres fournisseurs comme les États-Unis, l’Angola, l’Algérie ou la Norvège. Le continent peut également compter sur ses stocks stratégiques.

Mais cette relative protection pourrait ne pas durer. « Si cela continue encore un mois, ce qui représenterait environ 70 millions de tonnes en moins sur le marché mondial, cela pourrait devenir critique », alerte Paul Tourret, directeur de l’Institut Supérieur d'Economie Maritime (ISEMAR).

Du côté de l’Asie, la situation est plus compliquée car le continent dépend à 60 % des importations pétrolières moyen-orientales, selon Kpler. Depuis des années, des pays comme l’Inde, le Bangladesh ou le Vietnam, fondent en grande partie leur croissance économique et leur développement sur une stabilité des cours du pétrole à l'international et stockent peu. « L’organisation de la mondialisation s’est faite dans un moment où la géopolitique était plutôt molle et avait peu d’effet sur le commerce international », commente Paul Tourret. Aujourd’hui, « les tensions se durcissent » et sans stock les manques se font ressentir rapidement. La Chine, elle, peut s’en sortir grâce à ses stocks, bien qu’elle importe 56% de son pétrole et 32% de son gaz liquéfié du Moyen-Orient. 

Aux Etats-Unis, enfin, la question est surtout politique. Donald Trump a été élu en partie sur la promesse d’une baisse des prix du carburant, sa base MAGA pourrait alors se sentir trahi. D’autant plus que son intervention en Iran reste impopulaire dans l’opinion. « Les Etats-Unis sont exportateurs donc ils pourront aussi en tirer profit un temps mais mécaniquement ils vont subir une hausse des prix », détaille le chercheur. 

  • Quelles sont les alternatives pour faire sortir ce pétrole ? 

Le scénario actuel est redouté depuis de nombreuses années par les monarchies pétrolières du Golfe. Dès 1981, l’Arabie saoudite avait tenté d’anticiper un tel blocage en construisant l’oléoduc Petroline, qui relie les infrastructures pétrolières du golfe Persique à la mer Rouge. En 2012, les Émirats arabes unis et Oman s’étaient également entendus sur la construction d’un pipeline permettant de contourner le détroit.

 

Flourish et Anouk Seveno

Mais ces alternatives restent limitées. L’oléoduc saoudien oblige notamment à passer ensuite par le détroit de Bab el-Mandeb, lui-même régulièrement visé par les attaques des rebelles houthis du Yémen.

Peu viables, ces solutions ne permettent pas un flux aussi massif que celui d’Ormuz. Elles ne peuvent servir à écouler qu’environ un cinquième de la production habituelle qui transite par le détroit. À ce jour, elles sont d’ailleurs peu exploitées, l’urgence étant surtout de désengorger la zone des milliers de pétroliers actuellement immobilisés.

Mahault de Foutainieu 

Edité par Anouk Seveno 

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