Vous êtes ici
08/02/19
10:42

Un CDI intermittent pour les extras

Le syndicat de l’hôtellerie restauration a annoncé vouloir créer un contrat de « CDI mobilités » pour les salariés saisonniers du secteur. À Strasbourg, les avis des acteurs divergent. Ils craignent l’usine à gaz.

Février dans le centre-ville de Strasbourg : l’effervescence du marché de Noël a disparu. Les restaurants semblent tourner au ralenti. «Nous faisons appel à des CDD uniquement pour le marché de Noël, la période estivale, Pâques et les sessions parlementaires», témoigne Jean-Jacques, un gérant de restaurant strasbourgeois. Soumis à une forte saisonnalité de leur activité, la plupart des restaurateurs fonctionnent ainsi : pour les périodes d’affluence, du personnel supplémentaire est embauché pour quelques jours ou quelques semaines.

Le gouvernement veut limiter la prolifération des contrats de moins de deux mois en taxant les employeurs. Pour échapper à cette taxe, le syndicat patronal Union des métiers et des industries de l'hôtellerie (Umih) propose la création d’un «CDI mobilités» censé, selon eux, sécuriser l’emploi.

Une sorte d’intermittence de la restauration

Les salariés seraient embauchés, sous contrat à durée indéterminée par une plateforme. Une sorte de brigade d’extras, prête à intervenir au pied levé pour remplacer un serveur, un plongeur, un cuisinier ou un agent d’entretien. La plateforme ferait le lien avec les employeurs pour les affecter selon les besoins. Une espèce de contrat d’«intermittent de la restauration» qui permettrait à l’employé d’avoir un salaire stable à l’année. Tout cela sans malus pour l’employeur.

«Imaginez votre mariage, vous faites appel à un traiteur qui va embaucher trois extras. Si à cause d’une taxe un serveur coûte le prix de sept, vous allez payer plus cher votre mariage ou embaucher vous-même des extras au noir», justifie Christophe Weber directeur du Groupement des hôteliers, restaurateurs et débitants de boissons du Bas-Rhin, branche départementale de l’Umih. Si les arguments contre la taxe sont affûtés, l’alternative imaginée par les patrons du secteur reste très floue.

Les détails du projet ne sont pas encore précisés, notamment sur les contraintes qui pourraient être imposées aux salariés pour toucher leurs indemnités/salaires en dehors des périodes de travail. Le financement de la caisse de sécurisation, le fonctionnement concret de la plateforme sont à construire. Le projet s’inscrit dans les discussions entre partenaires sociaux pour réformer l’assurance chômage mais déborde largement de ce cadre et pourrait nécessiter une loi pour sa mise en œuvre.

«L’idée est bonne, mais j’attends de voir ce qu’ils mettent derrière concrètement.» Jean-Jacques reste sur la réserve. Les procédures d’embauche sont de plus en plus lourdes selon lui et un outil plus clair serait bienvenu.

« Une précarisation encore plus forte »

Si le dispositif présente, selon le directeur départemental de l’Umih, une notion d’engagement de la part des restaurateurs pour utiliser ce personnel disponible au fil des événements, certains petits établissements ne pourront pas se le permettre. «Ça marche pour les gros mais moi je n’ai pas besoin d’un salarié en plus et je ne m’engagerai pas à embaucher des extras, je n’ai pas assez de visibilité sur une année», explique Trang Nguyen, propriétaire du Blooming café. Patronne d’un salon de thé ouvert en avril dernier sur le quai des Bateliers, elle pense faire appel à des extras de manière très ponctuelle et pour seulement quelques heures par jour. Elle n’est pas enchantée par le projet : «Cela me paraît trop compliqué comme procédure juste pour un "dépannage "». 

«Je vois dans cette plateforme une précarisation encore plus forte», s’agace Michaël, réceptionniste passé par la restauration pendant un an et demi. «Ça me fait penser aux prestataires de service de ménage : ils nous envoient du personnel d’ajustement pendant les périodes d’affluence mais leurs conditions de travail et leur rémunération sont déplorables.»  Le syndicat se veut rassurant, ce « CDI mobilités » n’a pas vocation à être une situation durable mais plutôt un tremplin vers un CDI classique.

Juliette Vilrobe

Imprimer la page

Fil info

11:53
Alsace

Les recherches pour retrouver un Alsacien et un Vosgien disparus dans un accident de motoneige au Québec suspendues.

15:42
Alsace

Carambolage et bouchon entre Ostheim et Guémar dans le sens Colmar/Strasbourg, une personne blessée.

15:08
Alsace

Colmar première du classement des meilleures destinations européennes en 2020, réalisé par European Best Destinations.

13:44
Alsace

L’Aéroclub du Haut-Rhin, créé sur l’un des plus anciens aérodromes de France, fête vendredi son 90e anniversaire.

18:12
Alsace

La vigilance orange crue a été levée dans le Bas-Rhin, qui repasse en vigilance jaune, comme le département Haut-Rhinois.

17:51
Alsace

Deuxième accident de la journée sur l'A4 : voiture contre poids lourd, une femme, au "pronostic vital engagé", hospitalisée.

14:44
Alsace

Un blessé grave dans un accident survenu à la mi-journée sur l'autoroute A4 près de Burbach, dans le nord de l'Alsace.

15:50
Alsace

Relaxe du domaine viticole Schlumberger de Guebwiller, accusé d'escroquerie pour l'obtention d'une subvention européenne de 26 000 euros.

13:41
Alsace

Sécheresse : le sud du Bas-Rhin, atteint un seuil critique et des restrictions d'eau sont mises en place jusqu'au 15 octobre.