Investi ce mercredi 11 mars, le président du Chili s’est démarqué par une campagne centrée sur le traditionalisme et l’insécurité. S’il a tenté de lisser son image, ce fils d’un officier nazi a nommé plusieurs proches de Pinochet dans son gouvernement.

Le nouveau président chilien s’oppose à l’homosexualité, à « l’idéologie de genre » ou encore au « féminisme radical ». © Equipo Kast sur Flickr
La période de transition a été mouvementée, mais l’heure de l’investiture est finalement arrivée. Le 3 mars dernier, José Antonio Kast, le nouveau président chilien, claquait la porte d’une réunion bilatérale avec son prédécesseur de gauche, Gabriel Boric. La raison : une affaire de câbles sous-marins reliant le Chili à la Chine, dans laquelle l’ancien président aurait, d’après lui, manqué de transparence. Les deux hommes se sont miraculeusement réconciliés dimanche, Boric promettant « une cérémonie de passation irréprochable ». Elle a eu lieu ce mercredi 11 mars à Valparaíso.
Cette première tension politique majeure depuis son élection le 14 décembre 2025, rappelle sa vive opposition à la gauche. Pourtant, Kast a pris soin de ne pas faire de vagues durant sa campagne. Pas question de rappeler son soutien de longue date à Augusto Pinochet, alors qu’il a par le passé minimisé les crimes commis par l’ancien dictateur chilien. Un choix bien différent de celui de sa première campagne présidentielle, en 2017, où il avait terminé quatrième.
Héritage d’extrême droite
Benjamin d’une famille de dix enfants, José Antonio Kast est né en 1966 d’un père allemand ayant immigré au Chili après la Seconde Guerre mondiale. Et pour cause : il était officier au sein de la Wehrmacht, et membre du parti nazi. L’un des frères du nouveau président a lui été ministre et directeur de la Banque centrale sous Pinochet. Un héritage familial d’extrême droite qu’il épouse à son tour : s’il a d’abord été député du parti conservateur UDI (Union démocrate indépendante), Kast en démissionne en 2016, jugeant que le parti a abandonné ses valeurs traditionnelles. Il crée en 2019 le Parti républicain, classé à l’extrême droite, qui défend l’idéologie nativiste selon laquelle seule la population née au Chili devrait pouvoir y habiter, pour préserver l’unité nationale.
L’immigration est, sans surprises l’axe le plus important de son programme : le nouvel homme fort du Chili veut expulser plus de 330 000 immigré·es en situation irrégulière, venant du Vénézuela, de Bolivie ou d’autres pays voisins. Il les tient pour responsables de l’insécurité et de la criminalité croissante au Chili, qui sont les principales préoccupations de la population. Un objectif éloigné de celui de son prédécesseur, qui a voué son mandat à l’écriture d’une nouvelle constitution. Le projet a échoué deux fois, bloqué notamment par l’extrême droite menée par Kast. Le texte actuel, écrit sous Pinochet en 1980, devrait donc rester en place.
Politique anti-avortement
Marié et père de neuf enfants, l’avocat a une vision très traditionaliste de la famille, qui est d’après lui le « noyau fondamental de la société ». Kast s’oppose à l’homosexualité, à « l’ idéologie de genre » ou encore au « féminisme radical ». S’il a d’abord voulu supprimer le ministère de la Femme, Kast a finalement préféré y nommer Judith Marín, une fondamentaliste évangélique opposée à la dépénalisation de l’avortement. Un avis que partage Kast, alors que l’avortement au Chili n’est pourtant possible qu’en cas de viol, de foetus non-viable ou de danger pour la personne enceinte. Celui qui avait appelé à voter en faveur du maintien au pouvoir de Pinochet en 1988 a également nommé dans son gouvernement Fernando Barros et Fernando Rabat, deux anciens avocats d’Augusto Pinochet, à la Défense et à la Justice et aux droits humains.
Son investiture a aussi affiché ses alliances régionales : le président argentin Javier Milei et le président de l’Équateur Daniel Noboa, tous deux d’extrême droite, sont présents. Les États-Unis, qui ont déjà affiché leur soutien à Kast, sont représentés par le sous-secrétaire d'État américain Christopher Landau. Lula, le président du Brésil, a décidé, au dernier moment, de ne pas venir.
Lucie Porquet
Édité par Gaïa Herbelin