Alors que le monde a les yeux rivés sur la situation au Moyen-Orient, l’armée américaine a entamé la semaine dernière un déploiement en Équateur. Une intervention passée sous les radars, officiellement lancée pour lutter contre le trafic de drogue, mais qui vise également à asseoir sa domination sur l’Amérique Latine.

Sur ces images déclassifiées, des soldats des forces spéciales américaines sont héliportés en Équateur. ©US Southern Command via X/Handout/Reuters
Plus de deux mois après l’incursion étasunienne au Venezuela qui avait amené à la capture du président Nicolas Maduro, la Maison-Blanche tourne encore son regard vers l’Amérique du Sud. Samedi dernier, Donald Trump, accompagné de son secrétaire d’État Marco Rubio, accueillait les dirigeants de douze pays d’Amérique Latine lors du sommet Shield of the Americas (Bouclier des Amériques), dans son golf-club de la région de Miami. Le multimilliardaire y a annoncé sa volonté de créer une alliance transnationale de lutte contre le trafic de drogue, un des leitmotivs de la politique étrangère de son second mandat.
« Comme l’on a créé une alliance pour éradiquer l’État islamique, on a maintenant besoin d’une coalition pour éliminer les cartels », a martelé le président américain, engagé en parallèle dans des frappes continues sur l’Iran. Conséquence directe, l’U.S. Army a annoncé la conduite d’« opérations militaires conjointes » avec le gouvernement équatorien, afin de mettre à mal le « narco-terrorisme » dans le pays. Si l’on sait peu de la nature concrète de ces actions, l’Équateur a déjà annoncé avoir bombardé la semaine dernière des cibles (campements de narcotrafiquants, entrepôts de campagne) avec l’appui de l’armée de l’air américaine.
Le Pentagone a également diffusé une vidéo montrant des forces spéciales héliportées effectuant des raids aux côtés de commandos du pays. Selon le gouvernement équatorien, la cache de Mono Tole, chef supposé du groupe de narcotrafiquants CDF (Commandos de la Frontière), a été détruite dans la province de Sucumbíos, près de la frontière avec la Colombie. Le président du pays voisin, Gustavo Petro, a de son côté critiqué l’exclusion de son gouvernement de cette alliance anti-drogue.
Une nouvelle étape d’un plan plus large
L’initiative a été saluée par le président équatorien Daniel Noboa, fidèle allié de Trump, qui a affirmé que 70% du trafic mondial de cocaïne transite par les ports du pays. Reste à savoir comment la population équatorienne réagira à cette alliance : en novembre 2025, elle avait voté « Non » à 67% lors d’un référendum sur l’autorisation de l’établissement de bases militaires étrangères dans le pays, frustrant alors les volontés d’expansion américaines dans la région. À l’aune des opérations conjointes, certains Équatoriens condamnent sur les réseaux l’utilisation par les États-Unis des troupes des pays d’Amérique Latine comme de la « chair à canon ».
Cette action du gouvernement américain vient renforcer l’opération Southern Spear (Lance du Sud), la campagne militaire lancée par l’administration Trump contre le trafic de drogue dans les Caraïbes, le Pacifique et l’Amérique du Sud continentale. Un déploiement inédit qui a pour but sous-jacent de restaurer la suprématie incontestée du pays de l’Oncle Sam sur les Amériques, justifiée par le fait que l’Amérique Latine est historiquement le premier producteur de cocaïne dans le monde.
C’est ce que Trump lui-même a baptisé la « Doctrine Donroe » : une reprise d’un concept du nom du cinquième président des États-Unis James Monroe, qui établissait, dès 1823, la domination exclusive du pays sur le continent américain.
Axel Guillou
Édité par Maud Karst