Un texte, approuvé jeudi 12 mars par le gouvernement chinois, promeut l’« unité ethnique et le progrès » du pays et consolide l’acculturation des groupes minoritaires. Il est critiqué par de nombreuses ONG.

Il existe 56 groupes ethniques différents en Chine. © Wikimedia commons
« Guider [les] enfants à aimer le parti communiste, le peuple, et la nation chinoise » : jeudi 12 mars, la Chine a adopté une loi d'« unité ethnique » visant à « renforcer la cohésion » au sein du pays. Ce texte, promulgué par l'Assemblée nationale populaire chinoise (ANP), promeut le mandarin comme « langue commune nationale » dans l’enseignement, les affaires officielles et les lieux publics. Dénoncé par les défenseurs des droits de l'Homme, il est considéré comme une attaque aux cultures minoritaires du pays.
En Chine, où les Hans constituent le groupe ethnique majoritaire, vivent également 55 minorités reconnues, riches de plusieurs centaines de langues et dialectes. En cohérence avec la politique répressive mise en place par la Chine à l’encontre des minorités depuis les années 2000, et renforcée avec l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping en 2012, cette loi cherche à assimiler encore davantage à la majorité Han des groupes ethniques tels que les Hui ou les Mandchous. Pourtant, la Constitution chinoise garantit que « chaque ethnie a le droit d'utiliser et de développer leurs propres langages ».
Une assimilation forcée déjà en place
Dans les lieux publics, le mandarin devra bénéficier d'une « prééminence en termes de disposition, et d'ordre » par rapport aux langues minoritaires. Toujours selon le texte de loi, le mandarin est désigné comme « langue de base de l’éducation et de l’enseignement ». A la fin de leur scolarité, les adolescents devront avoir « une maîtrise de base » du chinois. « L'intention est de couper les liens des enfants avec leur identité, leur histoire et leur culture », a indiqué Erika Nguyen, de l'association de défense de la liberté d'expression PEN America, à l’AFP.
Alors qu’auparavant la répression était localisée, cette loi généralise et consolide les politiques déjà en place. Elle offre au gouvernement une base légale qui facilite les actions de la police et la justice. Et elle concerne toutes les minorités, plus seulement les quelques régions qui étaient spécifiquement ciblées depuis plusieurs années, comme le Tibet et la Mongolie intérieure. En 2020, le gouvernement avait par exemple imposé le chinois comme langue d’enseignement dans les écoles de Mongolie intérieure. Dans les régions du Tibet, la Chine contraint les jeunes à aller vivre dans des pensionnats, souvent éloignés de leurs familles.
Un outil de marginalisation professionnelle
Pour le porte-parole de l’Assemblée chinoise, Lou Qinjian, ce texte aidera les jeunes car, en maîtrisant le chinois, ils pourraient avoir davantage d’opportunités. Ce n’est pas l’avis du directeur du Southern Mongolian Human Rights Information Center (SMHRIC), Enghebatu Togochog, pour qui la loi réduirait les opportunités professionnelles des personnes ne connaissant pas le mandarin. « Sur le plan économique, cela marginalise les Mongols, puisque la maîtrise du chinois devient un filtre pour l’accès à l'emploi et à la promotion », a-t-il précisé.
Le nouveau texte criminalise également la participation à des « activités terroristes et des activités séparatistes ethniques ». Il vaut notamment pour les personnes de la communauté chinoise vivant hors du territoire national qui, en cas d’atteinte au « progrès ethnique », seront tenues légalement responsables et pourront être poursuivies en justice.
La loi entrera en vigueur le 1er juillet 2026, selon les médias d'État. Le texte, adopté devant les 3 000 membres de l’Assemblée, qui se réunissent au complet une fois par an, a une portée symbolique importante, et démontre la volonté du gouvernement chinois de pérenniser et consolider la répression envers les groupes minoritaires.
Eva Lelièvre
Édité par Lucie Porquet