Pour protester contre la catastrophe humanitaire à Cuba alimentée par le blocus économique de Washington, un mouvement de solidarité internationale s’élance. Depuis l’Amérique ou l’Europe, en avion ou en bateau, un grand convoi prévoit d’atteindre la Havane le 21 mars pour apporter de l’aide matérielle et alerter sur la cause du peuple cubain, plus que jamais persécuté.

À la Havane, l’embargo fait l’objet d’une contestation populaire. © Credit Vel-vet via wikimedia
Alors que Cuba subit le désastre du blocus que lui imposent les Etats-Unis, la solidarité internationale s’active. Le convoi Nuestra America (Notre Amérique) partira dans les prochains jours depuis l’Italie, la Colombie, ou les États-Unis pour amener de la nourriture et des médicaments aux habitants de l’île le 21 mars, par la mer ou par les airs. L’initiative a déjà reçu le soutien d’activistes comme Greta Thunberg, de politiques comme Jeremy Corbyn ou de proches du maire socialiste de New York Zohran Mamdani. Le groupe de rap irlandais Kneecap, ou le vidéaste marxiste Hasan Piker font aussi partie des figures populaires qui ont annoncé leur participation au convoi ce lundi 10 mars.
Catastrophe humanitaire made in USA
Si l’impact immédiat risque d’être minime, il s’agit aussi de dénoncer le blocus imposé par les États-Unis après la révolution castriste de 1959, privant Cuba de bon nombre d’importations. Pour la population, les conséquences sont désastreuses : service hospitalier réduit, mortalité infantile et absence d'électricité dans les deux tiers de l’île… Il est même impossible d’acheminer les marchandises du port tant le carburant manque. L’ONU dénonce ainsi une « violation du droit international » dans les actes de Washington, infligeant des « souffrances inacceptables aux populations civiles ».
La politique de Donald Trump vient aggraver la situation d’une île déjà meurtrie par le blocus, qui subit en plus la corruption du régime cubain. Au Venezuela, principal fournisseur d’hydrocarbures, les exportations vers l’île communiste ont été stoppées depuis l’intervention militaire qui avait mené à l’enlèvement de Nicolas Maduro. Même difficulté pour les États latino-américains voisins, menacés de sanctions par la Maison-Blanche en cas d’export vers Cuba. Le président Trump ne cache pas ses menaces : « Cuba va tomber aussi », déclarait-il après son offensive en Iran.
Une réponse citoyenne et anti-coloniale
Face à la menace impérialiste, la solidarité internationale se réveille. À l’initiative du projet, on retrouve l’Internationale Progressiste, fondée entre autres par l’économiste grec Yanis Varoufakis ou le linguiste Noam Chomsky, ainsi que l’organisation Code Pink, mouvement féministe et pacifiste né de l’opposition à l’invasion militaire de l’Irak en 2008. Au-delà de la base des organisateurs, le mouvement compte s’élargir pour un grand rassemblement à la Havane le 21 mars.
Il n’y est pas surprenant d’y voir une certaine ressemblance avec la démarche de la Global Sumud Flotilla, partie pour Gaza en 2025 pour dénoncer le génocide en cours et apporter de l’aide humanitaire. David Adler, figure britannique de l’Internationale Progressiste fait d’ailleurs partie des anciens de la flottille pour Gaza qui se rendront à Cuba. Dans l’Humanité, le militant revendique l’héritage de la démarche. Face à l’offensive impérialiste, il évoque la responsabilité des « citoyens ordinaires » à briser l’isolement « tant sur le plan matériel que symbolique », ne comptant plus sur des États incapables ou empêchés d’agir.
En France, on ne compte pour l’instant aucun participant déclaré publiquement au convoi Nuestra America, bien que le Parti communiste français et la France insoumise aient apporté leur soutien à la démarche. Cette fois, les militants ne risquent pas l’accueil violent imposé par Israël à la Global Sumud Flotilla, mais le départ n’est pas simple. Le terme flottille a d’ailleurs été abandonné vu la complexité d’un départ par les mers depuis l’Europe, mais le gros des forces venues d’Amérique Latine prendra bien le bateau. Ils n’échappent pas aux galères pour autant : trouver une embarcation pour une telle action n’est pas simple, et les loueurs sont souvent effarouchés par les sanctions de Washington, comme le rapportent les journalistes italiens du Fatto quotidiano.
Arthur Besnard
Édité par Lucie Porquet