Au lendemain d’une nouvelle attaque anti-avortement, le Planning Familial 67 à Strasbourg ouvrait ses portes au public, ce mardi 10 mars, pour informer sur la prévention et l’accès à l’IVG. Les co-présidentes alertent sur la fragilité de ce droit et l’importance de la sécurité de tous.

Au Planning Familial de Strasbourg, divers ouvrages et fascicules ont été sortis pour informer les visiteurs des missions de l'association, ce mardi 10 septembre. © Zoé Fraslin
Sur le rebord d’une fenêtre, le rapport d’étape 2024 de la Civiise (Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants) côtoie un album jeunesse invitant à aimer son corps et une peluche en forme d’utérus. Dans les locaux du Planning Familial 67, une petite dizaine de personnes déambulent ce mardi 10 mars après-midi. Certaines feuillettent les fascicules disposés sur la table de la salle d’attente, qui rappellent le consentement et le droit de chacun à disposer de son corps. D’autres s’attardent devant l’abondante bibliothèque ou profitent des portes ouvertes pour découvrir les lieux, observer, poser des questions.
Sixième attaque
Mais derrière l’apparente décontraction, tout le monde a en tête la mauvaise surprise de la veille. Au petit matin, des autocollants anti-avortement ont été placardés à l’entrée des locaux. Des messages de désinformation et d’autres ciblant directement les médecins de l’association, selon Alice Ackermann, co-présidente du Planning Familial 67. Il s’agit de la deuxième attaque depuis le début de l’année. «Et la sixième depuis 2021, toujours autour de dates clés», rappelle-t-elle. Cette fois, la Journée internationale des droits des femmes, précédemment l’anniversaire de la loi Veil ayant légalisé l’IVG ou des débats au Parlement. « Les anti-choix cherchent à montrer qu’ils sont encore là, malgré le fait que la société soit majoritairement favorable à l’avortement », analyse-t-elle, en rappelant l’inscription de ce droit dans la Constitution en 2024. Marie Tocco, également co-présidente, abonde : « C’est d’autant plus important pour nous de mettre en avant l’importance de notre mission, en informant face à des discours qui cherchent à semer la désinformation.» Comme pour les fois précédentes, le Planning Familial entend porter plainte pour dégradation des locaux et délit d'entrave à l'IVG.

Des portes ouvertes étaient organisés au Planning Familial de Strasbourg ce mardi 10 mars. © Zoé Fraslin
La défense du droit à l’avortement n’est qu’une des missions de l’association, qui n’est pas habilitée à pratiquer des IVG. Dans ces locaux, les médecins et les personnels médicaux interviennent surtout pour faire de la prévention, informer et accompagner les personnes qui poussent la porte. C’est souvent au téléphone que les demandes les plus urgentes arrivent. À la permanence, les bénévoles répondent aux questions, orientent et rassurent. « Environ 40 % des appels concernent des personnes qui cherchent des informations sur l’IVG et sur la manière d’y avoir accès », explique Alice Ackermann.
« Un droit fragile »
Pour les co-présidentes de l’association, l’enjeu est également la sécurité de toutes celles et ceux fréquentant les lieux, à commencer par la vingtaine de bénévoles et salarié.es y travaillant. Adossée contre le comptoir de la petite cuisine des locaux, Jeanne* ne cache pas sa colère. Ancienne salariée, elle préfère s’exprimer sous couvert d’anonymat par crainte d’être reconnue et de subir «quelque chose de pire» qu’une simple dégradation. D’après elle, la tension monte depuis quelques années. «On l’a vu avec les États-Unis en 2022, le droit à l’IVG est fragile, expose-t-elle. Même en l’ayant intégré dans la Constitution, on peut rendre son accès plus difficile.» Lors de l’élection présidentielle de 2012, Marine Le Pen, alors candidate du Front national, avait par exemple proposé de modifier les modalités de remboursement de l’IVG afin de lutter contre ce qu’elle qualifiait « d’avortement de confort ».
Face à un climat politique qui semble s’assombrir, un certain soutien populaire persiste. Les autocollants collés la veille ont été arrachés par des anonymes avant même l’arrivée des salarié.es, signe d’une vigilance citoyenne. Les portes ouvertes sont aussi l’occasion pour le public d’affirmer son soutien à l’association, alors qu’elle fête cette année ses 70 ans - et ses 60 ans concernant l’antenne du Bas-Rhin. Étudiante en travail social pour devenir éducatrice spécialisée, Marie Littot a profité de l’événement pour adhérer à ce qu'elle considère comme un acteur « essentiel » face à ces enjeux de droit à disposer de son corps. « C’est dramatique de voir encore des gens chercher à imposer des décisions qui ne les concernent pas à autrui », glisse-t-elle, consciente du contexte particulier, à quelques jours des élections municipales et à un an de la présidentielle.
Zoé Fraslin
Édité par Titouan Catel--Daronnat