Le module est validé, il peut être inséré dans un article pour être consulté par les internautes.
20h11, Nouvel Hôpital Civil. Sarah attend son Uber. Interne en gastro-entérologie, la jeune femme ne quitte jamais les locaux avant 19h et retrouve donc un Strasbourg sans vie. "C’est vraiment pas arrangeant pour faire les courses, il faut se lever plus tôt ou s’arranger entre nous…", regrette-t-elle. Sa vie sociale s’articule donc autour de son lieu de travail. "On ne peut pas sortir mais entre internes, on a une vie sociale. On fait nos gardes ensemble, on mange ensemble. Évidemment on aurait préféré déjeuner ensemble ailleurs. C’est arrivé une fois qu’on fasse une soirée", poursuit Sarah, avant de rejoindre la voiture qui la ramènera chez elle.
20h35, dans le tram B entre Wacken et Homme de Fer. Deladie, une trentenaire auxiliaire de vie en maison de retraite rentre du travail. "Je n’ai pas le choix, c’est le boulot." Épuisée de sa journée de travail, elle apprécie le calme du wagon plus vide que d’ordinaire. "Je suis tellement fatiguée, ça m’apaise. Je peux regarder mes messages, personne ne me dérange, il n’y a pas d’étudiants qui parlent fort ou de personnes qui viennent me demander quelque chose."
19h49, près du parc des expositions. Yann, un jeune homme aux cheveux noirs, se dirige d’un pas pressé vers le tram. Il est infirmier à l’Hôpital de Hautepierre et aujourd’hui, il travaille en heure de nuit. "Franchement je ne vois pas de différence avec ou sans le couvre-feu parce que je continue à voir pas mal de monde dans les rues et je pense pas qu’ils vont tous bosser". Lorsqu’il rentre de l’Hôpital à 7 heures du matin, il trouve le tram déjà particulièrement bondé. "Avec le couvre-feu, les gens sont plus concentrés sur certains créneaux."
Au même moment, rue du Levant, à quelques mètres du Parlement européen. Marie-Louise, des cheveux blancs et les yeux gentils d’une grand-mère, promène sa chienne. Elle l’assure: "C’est calme, on ne rencontre presque personne après le couvre-feu. Il y a quand même des coureurs de temps en temps". Sa petite boule de poils blanche au bout de la laisse, Gena, fait la fête et demande des caresses. Alors qu’elle s’éloigne, elle s’exclame: "Ah bah tiens regardez!" Deux coureurs en tenue fluo traversent la rue.
19h30, dans la Petite France. Deux hommes discutent aux abords de l’Hôtel du département, l’un assis, l’autre debout, tous deux tournés vers l’Ill. "Bah comme vous voyez on boit des canettes en attendant un pote", évacue l’un deux, un rien méfiant. "Comme c’est le week-end pour nous on attend qu’il sorte du travail pour aller se poser chez lui", raconte l’autre, plus détendu. "On préfère l’attendre là et aller chez lui, parce qu’il y a de la famille chez moi. On ramène pas des gens comme ça."
19h18, arrêt Aristide Briand, au sud-est de la ville. Malik, 22 ans, est accoudé à une barrière en attendant son tram. L’heure ne le stresse pas pour un sou. Il sort du domicile d’une amie et rentre au sien : "Je ne me soucie pas du couvre-feu, si je dois être dans la rue après 18 heures, j’y suis c’est tout." Les possibles contrôles et l’amende qui irait avec ? "Je n’ai presque jamais croisé les flics et quand c’est le cas, ils ne s’arrêtent pas. Ils ont autre chose à faire en fait !"
19h10, gare de Strasbourg. Pas un bruit, si ce n’est le répétitif message automatique "rouge piéton", piaillé au niveau des bandes blanches, et le ronronnement des moteurs de bus qui attendent leurs passagers. Un groupe de huit étudiants sort de la gare : ils ont entre 20 et 25 ans et rentrent du conservatoire de Colmar. Les trois derniers jours de la semaine, leurs cours de théâtre se finissent à 18 heures, d’où une arrivée tardive à Strasbourg. Ils ne se sont encore jamais fait contrôler après l’heure du couvre-feu et ne semblent pas s’en inquiéter. "On a une attestation", explique une des étudiantes. "Je l’ai jamais imprimée", lance un de ses camarades, sourire aux lèvres et cigarette à la main, provoquant les rires des autres jeunes.
19h04, rue de Stosswihr, non loin de là. "Il est en retard ça me soule". Charles, 29 ans, s’impatiente au pied de son immeuble. Il a commandé chinois mais n'a toujours pas de nouvelles de son repas, et encore moins de son livreur Uber Eats. Il est rejoint par sa concubine, Pauline. "Sur l’appli, ça met qu’il a déposé la commande dans le jardin”, informe-t-elle. "Putain !", s’emporte Charles. "On avait la flemme de préparer à manger mais si on avait su…J’ai la dalle ! ", souffle Pauline avant de ratisser la cour de l’immeuble à la recherche de l’offrande, sans succès. Charles décide, lui, d’explorer la rue pour trouver le livreur, peut-être égaré.