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Raphaël Glucksmann présente les conclusions du rapport sur les ingérences étrangères au sein des démocraties européennes. © European Union 2022 - Source : EP

Manifestation en soutien à l'Ukraine à Riga en Lettonie. © European Union 2022 - Source : EP

Face à l’arrivée massive de réfugiés ukrainiens, le Parlement européen est unanime pour apporter des solutions concrètes à ceux qui fuient la guerre. Mais pour certains, le double standard entre les réfugiés européens et les autres est intolérable.

Depuis l’invasion russe de l’Ukraine, près de deux millions de personnes ont fui leur pays en quête d’un asile sur le sol européen. Au total, l'Organisation des Nations unies (ONU) s’attend à l’arrivée de plus de quatre millions de réfugiés. En réponse à cet afflux migratoire massif, le Parlement européen a voté pour l’activation d’un dispositif européen d’accueil des exilés, la protection temporaire d’urgence. Ce dispositif fait tomber les barrières administratives pour permettre aux Ukrainiens d’accéder à l’emploi, à l’école, au logement et même aux aides médicales une fois sur le territoire d’accueil, et ce pour une période initiale d’un an, renouvelable deux fois pour six mois.

Un changement d'époque

Mardi 8 mars, dans l’hémicycle, les députés européens étaient unanimes pour dire que l’activation de cette protection temporaire d’urgence est une bonne chose. Comme l’a expliqué le président de la Commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures, le député européen Juan Fernando López Aguilar (S&D, social-démocrate) c'est une étape majeure pour la question de la migration dans l’UE, auparavant réticente à l’accueil des réfugiés : « En dix jours, il y a eu un tournant, un changement d’époque, une accélération dans les réactions européennes. L’UE est confrontée à un vrai changement de paradigme. » Ce qui se remarque particulièrement dans les politiques de la Pologne et la Hongrie, premières destinations des migrants ukrainiens. Il y a encore quelques semaines, ces deux pays étaient accusés de refouler les réfugiés à leurs frontières. Aujourd’hui, ils se revendiquent terres d’accueil pour les Ukrainiens : près d’1,3 million de personnes ont passé la frontière polonaise et plus de 200 000 celle de la Hongrie.

« Bons » et « mauvais » réfugiés

La protection temporaire d’urgence a été créée en 2001, peu après le conflit en ex-Yougoslavie. C’était la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale que l'Europe était confrontée à des déplacements massifs de personnes résultant d'un conflit en son sein. Elle n’avait jamais été activée depuis. Pour certains, cela trahit une sélection raciste entre les réfugiés. « En 2015, alors qu’il y avait eu aussi plus d’un million de Syriens, on ne l’a pas utilisée. C’est une très bonne directive mais elle n’est appliquée qu’aux blancs non-musulmans », explique l’eurodéputé Damien Carême (Verts/ALE). D’autres ne se cachent pas de faire cette distinction entre « bons » et « mauvais » réfugiés. C’est le cas des députés du groupe d’extrême-droite Identité et Démocratie. Pour eux, les Ukrainiens sont de « vrais réfugiés » qui partagent avec eux « un continent, une culture, une religion catholique ».

Cette dissemblance se ressent aussi dans le traitement médiatique de la crise. « On ne parle pas “d’appel d’air” mais “d’élan de générosité” », explique Paola Pietrandrea, professeure de linguistique à l’Université de Lille. « Cette différence s’explique peut-être parce que c’est une population qui est plus proche de nous géographiquement. »

La députée Saskia Bricmont (Verts/ALE) espère que cette protection temporaire d’urgence « sera érigée comme modèle. L’accueil s'organise et c’est la preuve par A+B que c’est possible ». Une position partagée par Marie-Christine Vergiat, vice-présidente de la Ligue des droits de l’Homme et ancienne députée européenne. Selon elle, il est nécessaire « d’accueillir tout le monde quel que soit le statut, l’origine, la couleur de peau, la religion. On fuit une guerre, point. J'espère que l’on tirera les conséquences de ce qui se passe en Ukraine ».

Louison Fourment et Léna Sévaux

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Louise Forbin et Théodore Laurent

Irène Tinagli, eurodéputée social-démocrate, présente son rapport devant l'hémicycle © Alain Rolland, European Union 2022 - Source : EP

« C’est la naïveté des élites européennes qui a permis une perméabilité totale de nos démocraties aux ingérences. » Perché dans un salon du cinquième étage du Parlement européen, Raphaël Glucksmann, tasse de café à la main, accuse la Russie de s’immiscer dans les pays de l’Union. L’eurodéputé français social-démocrate est président de la commission spéciale qui vient de rendre un rapport sur les ingérences étrangères dans les démocraties européennes. Un document examiné avec attention après l’invasion russe en Ukraine.

« Une accélération du phénomène »

Selon le rapport, ces ingérences se manifestent sous forme de cyberattaques, de subversion des élites ou par le harcèlement de journalistes et de chercheurs. Les députés constatent « l’accélération du phénomène » et pointent surtout les risques liés à la désinformation. Des forces étrangères diffusent leur propagande à travers des chaînes d’État tout en manipulant les algorithmes des réseaux sociaux. Après l’invasion de l’Ukraine, la Commission européenne a justement banni les médias Sputnik et Russia Today, deux des principaux canaux de propagande russe.

 

Une Europe dépendante des importations

Plusieurs eurodéputés s'inquiètent de l’approvisionnement en gaz des États membres. Après une flambée des prix liée au Covid-19 en 2021, l’invasion de l’Ukraine et les sanctions prises contre Moscou font que les réserves européennes de gaz s’affaiblissent.

Or 40% du gaz dans l’Union Européenne (UE) provient de Russie. Pour l’Allemagne et l’Italie, c’est plus de la moitié de leurs importations énergétiques. Au vu de cette dépendance de l’UE, l’eurodéputé Cristian-Silviu Busoi (PPE, centre-droit), qui préside une commission spécialisée sur l'énergie, a alerté, à travers une question orale, sur la vulnérabilité des États face aux pressions extérieures. L’élu roumain a demandé à la Commission d’activer des aides pour « faire face à la colère sociale » liée à la hausse des prix. « L’Europe doit devenir indépendante en terme d'énergie », a-t-il ajouté.

Pour l’eurodéputé française Marie Toussaint (Verts, ALE), « l’Europe des gaziers accroît la dépendance aux puissances étrangères. » Selon l’écologiste, la solution passe par une transition plus rapide vers les énergies renouvelables. Pour d’autres, l’indépendance du gaz russe passe par le nucléaire. « Le nucléaire doit rester un atout et à court-terme, les États doivent aussi baisser la fiscalité sur l’énergie », affirme l’élu français François Xavier Bellamy (PPE, centre-droit). 

Amine Snoussi

L’Union européenne à la recherche de son indépendance

L'indépendance énergétique est le prochain défi à relever pour l’Union européenne. Elle était sur les lèvres de tous les députés, qu’importe leur appartenance politique, lors du débat sur le rapport d’Irene Tinagli. Les solutions à court terme sont la diversification des fournisseurs et la réduction de la consommation d’énergie à l’échelle individuelle. Sur le long terme, il est souhaitable que l'Union européenne diminue sa dépendance aux importations de carburants. 

De nombreux députés sont favorables à un plan de relance face à la hausse des prix et pour financer l’indépendance énergétique. Ils restent divisés sur les conditions de ces aides. « De nouveaux fonds européens doivent être conditionnés à des investissements dans les énergies décarbonées et renouvelables », assure Aurore Lalucq, économiste et députée S&D. Les libéraux de Renew admettent la nécessité de ces aides mais exigent qu'elles s’accompagnent de réformes structurelles auprès des États trop déficitaires. Une position que partage le PPE. Or pour le moment, le pacte de stabilité et de croissance est suspendu depuis le début de la pandémie. C'est lui qui fixe les règles pour éviter des déficits publics excessifs au sein des pays de la zone euro. Sa réactivation, prévue pour 2023, devrait dépendre de la suite des évènements en Ukraine.

Des enjeux économiques de taille 

Les conséquences économiques de la guerre sont déjà visibles. L’explosion du prix de l’énergie est au cœur des préoccupations des députés. « L’augmentation des prix touche tous les pays européens. Mais les pays les plus proches de la Russie sont les plus vulnérables car les plus dépendants », explique Markus Ferber, député allemand du Parti Populaire Européen (PPE, centre-droit). La Finlande et l’Estonie par exemple dépendent à 100% du gaz russe, à 81% pour la Pologne. 

Cette envolée des prix devrait également toucher d’autres secteurs, comme l’agriculture. L’inflation, qui était déjà au-dessus des prévisions avant le début de la guerre, devrait continuer d’augmenter dans les prochaines semaines. Les chaînes d’approvisionnement tournent aussi au ralenti. Les industries européennes vont pâtir des pénuries de certaines matières premières, comme le palladium, un composant nécessaire pour l’assemblage des batteries de voiture. La Russie produit 40% de l’offre mondiale de ce métal précieux. Chaque État membre va faire face à des difficultés particulières. « Certains pays qui comptent beaucoup sur le tourisme russe, comme Chypre ou la Grèce, risquent de souffrir ces prochaines semaines », s’inquiète Eric Maurice, directeur de la fondation Robert Schuman à Bruxelles. Lors du débat devant le Parlement, Luis Garicano, député espagnol (Renew, libéraux), a averti que l’UE pourrait faire face à une troisième récession.

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