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« Slava Ukraini ! » (Gloire à l'Ukraine)

Une sirène d'alarme retentit dans l'entrée du Parlement européen où est organisé un rassemblement en soutien aux Ukrainiens. « Voilà comment nous nous sommes réveillés il y a deux semaines », débute Mariia Mezentseva, présidente de la délégation ukrainienne au Conseil de l'Europe. Avec émotion, la députée à la Rada raconte l’enfer que vit son peuple depuis plusieurs jours. 

Devant un immense drapeau bleu et jaune, la maire écologiste de Strasbourg Jeanne Barseghian renchérit : « Dans ces heures terribles, restons unis ! » « Slava Ukraini ! » (Gloire à l'Ukraine) clame à son tour Borys Tarasiuk, ancien ministre des Affaires étrangères en Ukraine, devant la foule captivée. Ce cri est repris plusieurs fois par Roberta Metsola. En français, la présidente du Parlement rappelle le rôle crucial de l’Union européenne tout en exprimant son admiration : « Un peuple dont le courage nous impressionne. Nous devons être à la hauteur ! » L’hommage se termine au bout de vingt minutes lorsque l’hymne ukrainien résonne dans le bâtiment.

L’adhésion à l’Union, une gageure

Les espérances ukrainiennes, géorgiennes et moldaves sont en réalité freinées pour plusieurs raisons. D’abord, les pays membres sont divisés. En Europe de l’Est, la Pologne soutient l’idée d’une procédure accélérée pour la candidature ukrainienne, tandis que certains pays de l’Ouest de l’Europe expriment leurs réticences quant à cette possiblité.

L’Estonie plaide pour une politique européenne commune de défense

 

Elle était l’invitée attendue et remarquée de cette semaine européenne à Strasbourg. La première ministre estonienne Kaja Kallas a présenté sa vision de la crise actuelle et ses espoirs pour le futur de l’Union européenne ce mercredi 9 mars, face aux députés rassemblés dans l’hémicycle. Sans surprise, ses premiers mots ont été pour le peuple Ukrainien et pour sa « résistance acharnée » face à cet « acte d’agression militaire pur » que représente l’invasion du pays par Vladimir Poutine. Mais plus qu’un simple message d’unité, c’est un appel au changement que la première ministre d’Estonie est venue porter. Un changement en matière de politique européenne de défense. « Le 24 février, le monde a changé », a-t-elle lancé aux parlementaires. « Cette crise a déclenché une période d’insécurité sur notre continent, que nous n’avions pas connu depuis 1939. Notre monde ne va pas revenir au status quo. Il y aura un avant et un après. » En tant que représentante d’un pays frontalier de la Russie, Kaja Kallas incarne les dangers qui pèsent directement sur l’UE. Les pays Baltes, dont fait partie l’Estonie, sont intégrés à l’OTAN : une attaque directe de la Russie sur leur territoire déclencherait un intervention de l’alliance, et donc la guerre. Si elle ne se dit pas inquiète pour son pays, Kaja Kallas s’avoue plus préoccupée par la situation de la Finlande ou de la Suède, qui ne font pas partie de l’OTAN. D’où l’importance de construire une organisation complémentaire à l’alliance nord-atlantique : « Il faut trouver un consensus, au sein de l’UE, en termes de défense ».

Isalia Stieffatre

« Il est temps de remodeler la mode ». C’est par ces mots que Virginijus Sinkevičius, commissaire européen à l'environnement, a conclu la présentation de la nouvelle stratégie de l’Europe pour restructurer l’industrie textile, jeudi 10 mars au Parlement européen. Quatrième secteur le plus polluant et gourmand en eau, cette industrie est responsable de 10% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Les objectifs de la commission tiennent en trois idées clés: production circulaire, durabilité et recyclage. La première étape est de trouver des alternatives vertes pour les matières premières très polluantes comme le polyester, produit à partir de ressources fossiles, et qui relâche des tonnes de micro-plastique dans les océans. Pour le recyclage, la marge de progression est colossale. « Moins d’1% des vêtements dans le monde est recyclé, ce n’est pas de la fast fashion* mais de la super fast fashion », commente Anna Cavazzini (Verts/ALE). La députée allemande attire aussi l’attention sur le manque de transparence des conditions de fabrication des textiles. Beaucoup d’enfants et de « femmes esclaves » se cachent derrière un jean ou une veste.
 

*Fast fashion: vêtements bon marché produits rapidement et en grande quantité par les détaillants de la grande distribution pour répondre aux dernières tendances.

 

« Chacune de vos pauses-café coûte une vie », l’écrivaine Ukrainienne Oksana Zaboujko pousse l’Europe à agir

« Les femmes de ma patrie sont fortes, elles prennent les armes, elles sauvent des vies, elles vont au front », scande Oksana Zaboujko, d’une voix grave qui résonne dans tout l’hémicycle. Invitée à s’exprimer devant les députés européens à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes ce 8 mars 2022, l’écrivaine ukrainienne s'est exprimée sur le cas spécifique de son pays : « C’est la première fois que je dois me lever pour défendre le droit des femmes à la vie ! ». Elle le rappelle, dans ce contexte de guerre déclenchée par la Russie, ce sont les femmes qui se délèguent totalement aux autres, jeunes comme vieux. Pour l’autrice, qui a elle-même dû quitter l’Ukraine deux semaines auparavant, l’Union européenne agit certes, mais trop tard : « Combien de vie aurait-on pu sauver il y a 8 ans, lors de l’invasion de la Crimée, si l'UE avait fait face à ce nouvel Hitler », déplore-t-elle en comparant Poutine au Führer. L'écrivaine appelle l'Union à agir vite, car pour elle « chacune de vos pauses-café coûte une vie », chaque seconde de perdue, c'est un moment où une personne ukrainienne meurt. L’écrivaine conclut en interpellant les députés européens une dernière fois et en les suppliant d’agir rapidement : « N'ayez pas peur de protéger le ciel au-dessus de leurs têtes », un discours accueilli par un tonnerre d'applaudissements. 

« S’il vous plaît sauvez nos vies »

Quand elles atteignent enfin la frontière avec leurs enfants ou leurs parents, le calvaire est loin d’être fini. Elles doivent gérer les contraintes matérielles pour trouver de la nourriture, un logement, puis une école pour leurs enfants. Beaucoup doivent aussi composer avec la lourde culpabilité d’avoir abandonné leur pays. Pour les Ukrainiennes, le seul moyen d’éviter l’exil est de mettre fin aux bombardements en créant une zone aérienne libre. L’heure n’est plus aux débats mais à l’action. Que ce soit au Parlement ou dans les manifestations, ce 8 mars à Strasbourg est surtout l'occasion de lancer un appel à l’aide général : « Please, please, please, save our lives ! » (s’il vous plaît, sauvez nos vies).

Clémence Blanche et Lisa Ducazaux

Transparence et accès aux données : la Commission doit « dissiper les doutes »

Les eurodéputés ont débattu des SMS controversés entre Ursula von der Leyen, présidente de la Commission, et Albert Bourla, PDG du géant pharmaceutique américain Pfizer. Ces messages traitaient de l’achat de 1,8 milliard de doses de vaccin à 19,50€ l’unité, soit 35 milliards d’euros. La Commission européenne a refusé de rendre public l'accès à ces sms. La médiatrice européenne Emily O’Reilly a demandé au cabinet de la présidente de les retrouver et d’en révéler le contenu. Pour la gendarme des institutions européennes, les textos peuvent faire l’objet d’un contrôle. Toutefois, la législation de 2001 sur l’accès aux données ne prend pas en compte ces nouveaux canaux. C’est un argument qu’a mis en avant la Commission, soulignant l’éphémérité du support.

Mais les parlementaires étaient unanimes, il faut que lumière soit faite, dans « une maison de verre [...] où il n’y a aucun espace pour l’obscurité » (Alessandro Panza, ID, extrême droite). Un devoir d’exemplarité souligné par Evin Incir (S&D, sociaux-démocrates), raillant que même « un envoi de lettre par pigeon » aurait dû être rendu public. Un deuxième « SMSgate » pour Ursula von der Leyen qui ne passe pas pour les députés européens, celle-ci ayant déjà effacé des messages lorsqu’elle se trouvait à la tête de la Défense allemande. « Une masterclass de mauvaise foi », estime le Belge Marc Botenga (La GUE, extrême gauche). Seul un des membres du PPE, Tomislav Sokol, s’est montré un peu plus conciliant : « certains doutes doivent être dissipés, mais nous ne devons pas remettre en question toute la procédure d’achat. » La commissaire a conclu en rappelant l’échéance du 26 avril, date à laquelle l'exécutif européen est censé donner une réponse à la médiatrice.

La semaine dernière, l’Ukraine, la Géorgie et la Moldavie ont officialisé leur demande d’adhésion à l’Union européenne. Si l’agression russe a créé un appel d’air pour les candidatures, leur acceptation par les 27 reste très peu probable.

Le soutien du Parlement exprimé d’une même voix

La même salve d’applaudissements émus résonne plus tard dans l’hémicycle du Parlement européen. Debouts, les députés ovationnent le discours poignant d’Oksana Zaboujko. Invitée d’honneur pour la journée du 8 mars, l’écrivaine ukrainienne vient de célébrer le courage des femmes de son pays : « Les larmes me montent aux yeux quand je les vois se battre aux côtés des hommes ». Sur le front ou en civil, nombreuses sont celles qui s’avancent sans arme devant les soldats russes pour y déposer des graines de tournesol dans leur poche. Symbole national, ces fleurs jaunes doivent alors pousser sur le cadavre des militaires, s’ils meurent dans cette guerre. 

Un à un, les parlementaires défilent ensuite au pupitre, honorant à leur tour la bravoure de ces héroïnes. Pour l’extrême gauche, Manon Aubry déclame un couplet de l’hymne du Mouvement de libération des femmes, chant féministe des années 1970. Assita Kanko (ECR, conservateurs), affirme également son soutien aux Ukrainiennes avec conviction : « Nous vous croyons et nous vous entendons. Nous allons nous battre pour chaque femme, celles d’aujourd’hui et celles de demain ».

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La première ministre estonienne, Kaja Kallas, à la tribune ce mercredi matin. Les eurodéputés l'ont applaudi de longues minutes. © European Union 2022 - Source : EP

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