Vous êtes ici

Le module est validé, il peut être inséré dans un article pour être consulté par les internautes.

Liaisons dangereuses entre l'État français et ses banques

L'ETF, dernier article en vogue sur les marchés financiers, ne contribue en rien au financement de l'économie. Comme tant d'autres produits structurés et dérivés, il ne sert qu'à échanger des richesses entre parieurs. La part exorbitante prise par ces pratiques de casino a conduit le système du crédit à une débâcle toujours en cours,  dont les contribuables et les emplois paient la note.  Entretemps,  les colosses bancaires  se restructurent. Pour tenter de décrypter ces mutations, il faut accepter l'immersion dans le dialecte des marchés.

Le directoire de la BCE en novembre 2011 (de gauche à droite) : Au premier rang, Vítor Manuel Ribeiro Constâncio (vice-président depuis 2010), Mario Draghi (président depuis octobre), José Manuel González-Páramo. Au deuxième rang Lorenzo Bini Smaghi, Jürgen Stark, Peter Praet (en place depuis juin). (©DR/BCE)

 

 

Article précédent                                   Article suivant

La crise de la dette a eu des conséquences politiques dans toute l'Europe. En Grèce et en Espagne, les gouvernements ont mis en place des plans d'austérité drastiques. Conséquence, les gouvernements ont chuté. Certaines collectivités françaises se sont retrouvés au bord de la faillite. Au Royaume-Uni, David Cameron se bat contre vents et marées pour préserver la place financière de Londres.

En temps normal, les banques se financent très facilement sur les marchés et auprès de la Banque centrale grâce aux bons du Trésor. Mais la spirale de la dette détériore la valeur de ces titres et la crédibilité des États émetteurs. D'où une perte de souveraineté, mesurée par la hausse des taux d'intérêt. Partenaires malgré eux, l'État français et les banques se livrent à un bras de fer constant. Cette interdépendance expose particulièrement les États aux décisions des marchés. Avec l'augmentation de la dette publique, ce phénomène gagne en d'ampleur.

Depuis 2007, quatre pays fortement dégradés

 

[ Plein écran ]

À Francfort, le mouvement Occupy installé devant la BCE, dénonce les "Bad banks". (CUEJ/Laure Siegel)

  • Les banques survivantes se restructurent

Bâle III fait pression sur le secteur financier : les banques doivent augmenter leur ratio de fonds propres et réduire la taille de leurs activités à risque, les plus lucratives. Pour maintenir leur rentabilité, les établissements, qui voient leurs revenus diminuer, sont conduits à restructurer leur pôle financement et investissement. Les salariés de ces filières, majoritairement des traders, sont les premiers touchés.

En Europe, environ 100 000 emplois seraient concernés en 2011. Selon l'agence Bloomberg, 230 000 postes auraient été supprimés au sein des banques européennes depuis 2007.
En novembre, BNP-Paribas a supprimé 1 396 postes au sein de sa branche financement et investissement. Le Crédit agricole annonce, de son côté, la suppression de 1 750 postes. En Angleterre, ce sont 30 000 emplois qui ont été supprimés chez HSBC.

  • Le vrai-faux coup de rabot sur les rémunérations

Suite à la crise financière de 2007, les dirigeants du G20 se sont penchés sur les modalités et la hauteur des rémunérations de la finance, qui se révèlent soudainement comme des facteurs d'incitation au risque. Les traders, désignés comme les boucs émissaires voient leurs rémunérations apparemment plus encadrées.

La  directive européenne CDR3, adoptée en juillet 2010 prévoit qu'ils ne percevront plus que 60 % de leurs bonus immédiatement, et les 40 % restant après trois ans minimum. Ce pourcentage s'inverse dans le cas des hautes rémunérations.

La directive impose également que la rémunération variable soit versée pour moitié sous forme d'actions ou d'instruments équivalents et qu'elle soit plafonnée à 20 % ou 30 % du bonus total. Des restrictions censées inciter les banques à accorder la priorité au renforcement de leur stabilité à long terme avant de s’occuper de leurs gains à court terme.

Concernant les dirigeants siégeant au Conseil d'administration, leurs rémunérations devront être rendues publiques. Si leur établissement bénéficie d'un soutien de l'Etat, ils ne pourront toucher de rémunération variable sans justification préalable. Ces règles sont entrées en vigueur en janvier 2011. Cependant, la plupart des banques ont trouvé un moyen de les contourner : afin de compenser la perte des bonus, les traders ont vu leur salaire fixe augmenter.

Floriane Leclerc et Marion Michel

 

Pages