Vous êtes ici
19/02/21
15:08

“Islamo-gauchisme” : les universitaires s’indignent

Plusieurs chercheurs et enseignants de l’université de Strasbourg témoignent de leur incompréhension après la sortie de la ministre de l’Enseignement supérieur.

[ Plein écran ]

Le dépit quant à l'intitiative de la ministre de l'enseignement supérieur domine parmi les chercheurs et enseignants de l'université de Strasbourg. © Valentin Bechu

"Islamo-gauchisme". À cette expression, les chercheurs de l’université de Strasbourg répondent par un sourire, voire une franche marrade. Tous ont écho de la polémique déclenchée par Frédérique Vidal, la ministre de l’Enseignement supérieur, après avoir confirmé aux députés qu’elle avait demandé "un bilan de l'ensemble des recherches" au CNRS afin de distinguer "ce qui relève de la recherche académique et ce qui relève du militantisme et de l'opinion". Les sentiments d’incompréhension et d’exaspération sont palpables chez ceux qui s’expriment sur le sujet. 

Une expression floue

Premier grief formulé sur l’expression "islamo-gauchisme" : la terminologie serait problématique et principalement employée dans le débat médiatique. À la signification mouvante depuis son apparition en France sous la plume de Pierre-André Taguieff en 2002, directeur de recherche au CNRS, l’islamo-gauchisme "est une conjonction de deux termes derrière lesquels il y aurait les études décoloniales, post-coloniales, voire les questions de genre", souligne Françoise Curtit, ingénieure au CNRS.  D’un point de vue académique, l’expression "ne correspond à aucune réalité scientifique" comme l’a indiqué dans un communiqué le CNRS, pourtant chargée de l’étude commandée par la ministre de tutelle. "C’est une formule qui sert un discours politique auquel on n’a pas envie de participer", soutient Anne Fornerod, chargée de recherche au CNRS et spécialisée en droit des religions. Pour Françoise Curtit, "c’est l’environnement dans lequel s’insère ce terme" qui est en cause.

Le monde universitaire a été saisi de cette expression pour la première fois par Jean-Michel Blanquer en octobre. Le ministre de l’éducation avait déclaré que l’islamo-gauchisme “fait des ravages à l’université”. Déjà, la déclaration avait suscité un tollé. Le ministre avait alors été soutenu par une tribune publiée par Le Monde d’une centaine de professeurs et chercheurs des universités. Une prise de position qui interroge Anne Fornerod : "Ont-ils fourni des exemples de cas de dérives ?" Longtemps enseignante dans un master d’islamologie et aujourd'hui dans un cursus “avec une dominante sociologique sur la question des religions", elle témoigne n’avoir jamais constaté de dérives "que ce soit chez les étudiants comme les enseignants".

La revendication du droit à comprendre

Gilles Vodouhe, enseignant en méthodologie pour les étudiants en sociologie, est moins affirmatif. Le fait que Gilles Kepel, directeur de la chaire Moyen-Orient Méditerranée à l’université Paris Sciences & Lettres, un politologue qu’il tient en estime, fait partie des signataires lui fait dire “qu’il n’y a pas de fumée sans feu”. Mais il dénonce dans le même temps un procès qui serait intenté au monde universitaire : "Expliquer les phénomènes de radicalisation, l’islam radical ne revient pas à les cautionner. Et les politiques mélangent parfois les deux." Un milieu qui n’arrive pas à se départir de ce procès d’intention depuis que Manuel Valls, alors Premier ministre, avait déclaré en avoir “assez de ceux qui cherchent en permanence des excuses ou des explications culturelles ou sociologiques à ce qui s’est passé" à propos des attaques du 13 novembre 2015. Le CNRS avait alors répondu par un état des lieux des recherches sur la radicalisation.

Françoise Curtit comprend la vigilance quant au "mélange des genres entre recherche scientifique et militantisme". Mais elle considère "souhaitable" que le débat d’idées ait lieu dans les campus tant que les chercheurs séparent travail académique et leur engagement militant. "Tous les sujets sont légitimes à partir du moment où il y a une démarche honnête et rigoureuse dans la méthode scientifique", souligne-t-elle. 

"Même Michel Deneken s’est opposé !"

Si l’unanimisme sur la question n’a rien de total, le monde universitaire fait bloc pour fustiger les propos de Frédérique Vidal. “Même Michel Deneken s’est opposé !”, s’exclamen ce doctorant en archéologie."Plutôt gros catho de droite qu’islamo-gauchiste", l’administrateur provisoire de l’université de Strasbourg a pris fait et cause contre sa ministre de tutelle déclarant à franceinfo : "Faire du CNRS une police politique, c'est quand même assez consternant." Ce thésard en plein travail avec un collègue, n’a pas de mot assez durs pour décrire ce qu’il voit comme une manœuvre politique ostensible. Ils estiment que cette polémique s’inscrit dans une séquence politique plus large : "L’université pose problème à ce gouvernement et il attaque pour faire passer le délit d’entrave aux manifestations sur les campus dans leur loi séparatisme." 

“On ne se sent pas du tout soutenu, ce sont plutôt des tentatives de divisions", assène Françoise Curtit. Sa collègue Anne Fornerod aurait d’ailleurs préféré que l’organisme public qui les emploient coupe court à la polémique en refusant de réaliser l’étude demandée par la ministre : "On nous dit que ce n’est pas un champ scientifique et on va quand même faire un état des lieux, regrette-t-elle. Sur le principe d’accepter cette mission, c’est une façon de donner du crédit à ce qui a pu être avancé." 

Valentin Bechu

Imprimer la page

Fil info

14:19
France

Pyrénées espagnoles : deux randonneurs toulousains d'une soixantaine d'années sont morts de froids dans la vallée de Boi

14:11
France

Deux membres de l'ambassade de France à Bamako libérés ce vendredi, après avoir été soupçonnés d'espionnage

14:07
France

Loire : un père de famille soupçonné d'avoir défenestré ses deux fillettes, dont le pronostic vital est engagé

13:48
France

Rentrée politique ce soir pour Edouard Philippe lors des journées parlementaires de son parti Horizons

13:25
France

L'objectif de 500 maisons sport-santé en France sera atteint "à la fin de l'année", promet le ministre de la santé, François Braun

11:29
France

Emploi : 50 000 postes vacants dans le secteur de l'aide aux personnes âgées, sur 850 000 travailleurs

11:21
France

L'ancien ministre de l'Intérieur et maire de Lyon Gérard Collomb annonce souffrir d'un cancer de l'estomac

10:52
France

Une mission du Sénat propose d'interdire la consommation d'alcool pendant la chasse

10:03
France

Covid : le nombre de cas bondit de 67 % en une semaine

09:58
France

Grève des contrôleurs aériens : au moins 1000 vols annulés aujourd'hui

17:59
France

Retraites : Emmanuel Macron assure vouloir mener la réforme des retraites « par la concertation et en cherchant les compromis »

17:24
France

L’eau du robinet sous surveillance renforcée dans 45 communes des Hauts-de-France pour analyser la présence de pesticides

17:00
France

Les femmes toujours sous-représentées parmi les créateurs d’entreprises en France, d’après une étude de l’Insee

16:17
France

Hérault : l’ex-médecin-chef des sapeurs-pompiers mis en examen pour agression sexuelle après 24 heures de garde à vue

15:43
France

Face à l'inflation, les maires de France craignent de pas pouvoir assurer les missions de service public qui incombent aux municipalités

15:17
France

Un millier de vols seront annulés en France vendredi suite à une grève des contrôleurs annonce l'aviation civile

15:08
France

Au procès en appel des attentats de Charlie Hebdo de janvier 2015, Riss défend la publication des caricatures de Mahomet

15:00
France

Politique : les Républicains sont à la recherche d’un nouveau président, Eric Ciotti, Bruno Retailleau et Aurélien Pradié partent favoris

14:43
France

Nouvelle-Calédonie : une réunion entre les loyalistes, indépendantistes et l’État aura lieu en octobre sur l’avenir institutionnel du pays

14:21
France

Les écologistes considèrent la suspension de la parution du livre de Guillaume Meurice moquant Vincent Bolloré comme de la « censure »