L’Adjarie, région autonome du Sud-Ouest de la Géorgie, abrite une architecture unique : celle des mosquées en bois, héritées de la période ottomane. Leur préservation est mise à mal par la montée du conservatisme orthodoxe.
Chaque déplacé reçoit de l’Etat une aide de 45 laris (soit 16,5 euros) par mois, une somme jugée dérisoire pour subsister. Car les déplacés de Prezeti se confrontent à la vie dans un lieu isolé. Entre les prix élevés des deux supérettes du village et la nécessité de payer les transports pour se rendre à Tbilissi lors de chaque démarche, les obstacles s’accumulent. Tout cela alimente la nostalgie des régions quittées en 2008.
Une maison mais pas de chez soi
Dans son salon, Venera se penche sur des photos en noir et blanc qu’elle a soigneusement étalées sur la table. Des souvenirs de vacances en Ossétie que l’ancienne enseignante se remémore avec émotion. Celle qui a rejoint son mari dans le camp il y a quelques années peine à s’adapter à cette nouvelle vie. Assis dans un champ aux abords du village, Aleqsandre Shiukashvili confirme : « Je ne me sens pas chez moi ici. » Relogé depuis 15 ans, l’homme de 78 ans est désormais contraint de surveiller un champ pour gagner sa vie. Les larmes aux yeux, le vieil homme évoque son Ossétie du Sud natale avec une voix tremblante : « J’avais tout : un grand jardin, mon magasin, ma ferme. J’étais riche. »
Alors que les sondages indiquent que 82 % des Géorgiens souhaitent intégrer l’Union européenne, le parti au pouvoir semble peu enclin à satisfaire la troisième condition fixée par les Vingt-Sept pour que la Géorgie puisse obtenir le statut de pays candidat. Le chef du Rêve géorgien, Irakli Kobakhidze, défend les juges du CSJ sanctionnés par les Américains, tandis que l’ancien président Mikheil Saakachvili, empoisonné après son incarcération, risque la mort dans la prison où il croupit depuis octobre 2021.
Audrey Senecal
La lourdeur des peines encourues et les commentaires diffamatoires proférés par certains dirigeants reflètent, selon les soutiens de Lazare Grigoriadis et Tornike Akopashvili, l’instrumentalisation de la justice par le gouvernement. Le Premier ministre Irakli Garibashvili a qualifié les manifestants de mars de « satanistes » et d’« anarchistes ». Irakli Kobakhidze, le président du parti au pouvoir Rêve géorgien, a décrit Lazare Grigoriadis comme un « jeune homme avec des orientations confuses ». Les deux accusés, l’un arborant une apparence atypique – tatouages sur le visage, cheveux teints et piercings –, l’autre ayant combattu comme volontaire en Ukraine, contrarient les penchants traditionnels et pro-russes du gouvernement.
La majorité parlementaire se servirait de ces juges à sa solde pour réprimer l'opposition. Dernier cas en date, selon la fondatrice de l’ONG : les procès de manifestants contre la loi sur les « agents étrangers », inspirée d’un texte russe dont le Kremlin s’est servi pour museler les médias et les voix critiques à son encontre. Le 29 mars, la police a arrêté Lazare Grigoriadis, manifestant de 21 ans, accusé d'avoir agressé un policier et détruit les biens d'autrui. Le jeune homme encourt jusqu’à onze ans de prison. Un autre militant de 21 ans, Tornike Akopashvili, a été interpellé et risque jusqu'à sept ans de prison.
De loin, seuls les toits de tôle ondulée contrastent avec un décor de village vacances. Trois cents maisonnettes identiques entourées de jardins font face aux collines. Depuis 2008, le hameau de Prezeti abrite en réalité un camp de déplacés d’Ossétie du Sud. Casquette sur la tête, Nodari bricole un vieil engin agricole dans l’une de ces allées. Ce trentenaire, à l’air un peu bourru, est considéré comme une « personne déplacée interne » selon les Nations Unies. Il a fui à l’intérieur de son propre pays pour rejoindre la région de Mtskheta-Mtianeti, où il vit depuis quinze ans. Comme lui, beaucoup ont quitté l’Ossétie du Sud (territoire séparatiste) après les conflits armés de 2008 déclenchés par Moscou. C’est pour les reloger que 36 camps de déplacés ont vu le jour à travers le pays. D’énormes implantations, mais aussi de plus petites en zones rurales pour reloger d’anciens fermiers et fermières comme Nodari. Avec 700 autres déplacés ossètes, le gouvernement l’a installé à Prezeti. Objectif : lui permettre d’y reprendre son activité d’avant-guerre. C’était en tout cas l’idée initiale.
« Nos jardins sont trop petits »
Si les champs abondent autour du camp, les déplacés n’en jouissent pas à leur guise. « Les terrains autour de nos maisons appartiennent aux locaux », affirme Nodari. L’ancien éleveur gagne désormais principalement son pain avec de petits boulots. « Je fais ce dont les gens (des environs) ont besoin, comme réparer du matériel », marmonne-t-il. Durant la guerre, ce natif du village ossète de Kurta a perdu ses deux maisons et la ferme familiale. Faute de moyens, il n’a pas pu retrouver pleinement son métier. « Nos jardins sont trop petits pour qu'on puisse être vraiment fermiers », conclut-il. En pratique, il y a juste assez de place pour des légumes, quelques poules. Parfois, de rares vaches se pressent dans des étables de fortune.
« Des patates, des haricots, des tomates », liste Omari Oghadze, en traversant son jardin, quelques encablures plus loin. Si le pré est verdoyant à cette période, ça n’a pas toujours été le cas. « Certaines années, on n’avait aucune récolte », affirme l’octogénaire, le plus gros problème, c’est l’eau. À Prezeti, cette dernière n’est disponible au robinet « que deux fois par jour », abonde son épouse Venera. Une situation compliquée pour ce couple précaire dont le maraîchage reste le principal revenu.