Le complexe présente une silhouette particulière. Pour l’architecte Olivier Calvarese, “l’idée était de rompre avec l’échelle des immeubles collectifs habituels”, en donnant aux façades des premiers étages des aspects de maisons. Les habitations “ressemblent plus à des maisons aux colorations typiques de l’Alsace.”
Encerclée par des barrières métalliques, la Rotonde ressemble à un petit village fortifié à l’entrée de Cronenbourg. “C’est pour éviter que des gens viennent squatter dans des parties privées” explique David Bour. Selon Yusuf Demirel, résidant en colocation, “La Rotonde, c’est un quartier à part entière.”
Aux yeux des habitants, la Rotonde a des airs d’extension du centre-ville. Pour Anne Collet et sa famille, qui ont quitté le quartier de la gare afin d’accéder à la propriété, “on a encore l’impression d’être dans le centre-ville”. Ses enfants prennent le tram pour aller à l’école dans le centre, son fils aîné poursuit ses entraînements de football au Wacken, et son mari doit transiter par la gare centrale pour se rendre en train sur son lieu de travail à l’extérieur de Strasbourg.
Monique Grall et Noëlle Meiss ont vécu un demi-siècle dans la Cité nucléaire. Depuis le départ des enfants, elles gardent les souvenirs dans leurs appartements.
“C’est le seul parc de ce type en Europe, ça vaut vraiment le détour”, confie Dylan, 15 ans, au moment d’ôter son BMX de la fourgonnette familiale. Sur le parking du Stride-Park, structure indoor de 12 000m² pour VTT et BMX, le jeune homme attend depuis une heure l’ouverture en compagnie de son père Jean-Luc. “Il y a beaucoup de choses à faire entre le bac à mousse, la piste de cross-country, la résille, le Pumptrack”, récite à tue-tête le fiston pour justifier sa venue depuis Reims. Idéalement desservie par l’autoroute, le tram, ainsi que les pistes cyclables, la société fait partie d’une zone de loisirs privés de trois enseignes située dans des entrepôts vieillissants de la Sernam, ancienne filiale de la SNCF. Avec le Stride-Park, l’Urban Soccer et le Crossfit animent ces anciens hangars progressivement réhabilités entre 2013 et 2016.
Ce n'est pas le cas d'autres commerçants qui cherchent à attirer davantage de clients. "On se bouge, on se remet en question. La concurrence nous stimule", déclare de son côté Michèle Olland, la gérante de la boulangerie éponyme, dont “la carte change tous les jours”. Au sein du Magpresse Tabac du Centre, des travaux sont en cours pour installer un bar, ce qui permettra de diversifier son activité et d'attirer un nouveau public. "On a de moins en moins de retraités - qui lisaient beaucoup - donc le secteur de la presse est touché, confie la propriétaire Cécile Cansell. La hausse du prix des cigarettes a entraîné une fuite de la clientèle vers l'Allemagne. Même les jeux à gratter et les paris sportifs sont en baisse face à la concurrence d'Internet."
Un immeuble démoli, des voitures incendiées
Depuis, le lien s’est distendu entre le CNRS et le quartier. Au fil des années, les scientifiques ont eu tendance à déménager vers d’autres quartiers de Strasbourg. À la fin des années 1990, la mairie décide de démolir une barre d’immeuble adjacente au site. Imputant cette décision au CNRS, des habitants incendient des voitures stationnées sur le parking ou à proximité : les véhicules visés sont ceux des employés du site. Ces événements provoquent une prise de conscience. Dans la foulée, la scientifique Marie-Françoise Janot fonde l’association ConnaiSciences dans le but de renouer des liens. "Les ingénieurs et chercheurs faisaient des activités et des excursions avec les habitants du quartier bénévolement", se remémore une membre de l’association. Depuis dix ans, ConnaiSciences se consacre à l’aide aux devoirs pour les élèves du collège Sophie-Germain. Ces initiatives ne relèvent pas du centre de recherche.
Rues piétonnes, jardins partagés, bacs de compost, espaces verts… L’écoquartier de la Brasserie présente les atours d’un habitat moderne en 2019. Cerise sur le gâteau, les immeubles à hauteur modérée, espacés les uns des autres et aux devantures colorées, bénéficient d’un chauffage géothermique au sol, neutre en carbone.
Niché entre la route de Mittelhausbergen et la rue Ernest Rickert au sud de Cronenbourg, l’écoquartier de la Brasserie a accueilli ses premiers habitants il y a cinq ans. Aujourd’hui, 1200 personnes vivent cette expérience originale d’habitat. Sur ces lieux se situait l’ancienne brasserie Kronenbourg, le géant de la bière alsacienne. L’enseigne trône à présent sur l’hôtel récemment construit à cet emplacement. L’entreprise a cédé son terrain en 2006 à la SERS, une société d’aménagement locale. L’ancienne équipe municipale décida alors d’utiliser ce terrain pour y construire le premier écoquartier de la ville. Pari gagné pour Serge Oehler, l’actuel adjoint à la mairie chargé du quartier Cronenbourg : "C’est un secteur qui apporte une belle diversité au quartier et une dynamique habitante très intéressante qui a permis d’ajuster avec les habitants des espaces qui ont dû être repensés à l’usage."