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La crise sanitaire a fortement touché la maison de retraite. Ramener les résidents à leur domicile s’est avéré impossible pour deux familles.
Avachie dans son fauteuil roulant, le dos cambré et la tête baissée, Jacqueline Lechten, octogénaire, reste muette. Adrien Henninger, son fils, est assis à côté d’elle. Depuis des mois, un jour sur deux, Adrien et son frère enchaînent les visites dans la chambre 316 pour donner le goûter à leur mère. “L’année dernière, quand il y avait le Covid, mon frère voulait la ramener à la maison”, lâche-t-il entre deux bouchées de tarte aux pommes. Mais le projet a vite avorté. En plus d’une “présence permanente d’un aidant, la maison doit être équipée face aux besoins de la personne âgée”, reconnaissent les deux frères.
Quelques chambres plus loin, Marie-Thérèse, 94 ans, a encore toute sa tête. Durant la pandémie, elle a communiqué avec ses proches grâce aux “systèmes de vidéo", comme en témoigne sa fille Michelle. Une solution qui a facilité le maintien des liens. Or “la vidéo ne fonctionnait pas tout le temps, on a eu envie de l’avoir près de nous”, confie sa fille. Mais la nonagénaire a attrapé le coronavirus. Impensable de la transférer. Michelle Lechten s’est finalement résolue, entourée de l’équipe de l’Ehpad: “On m’a rassurée en me disant qu’on m’habillerait en cosmonaute s’il le fallait.”
Un dispositif peu sollicité
Pourtant, mis à part la consommation de tabac, Vincent Troesch traite peu de cas d'addiction. “J’ai très peu de patients pour des addictions, soit parce qu’ils ne sont pas prêts ou alors parce qu’ils ont d’autres soucis comme des problèmes socio-économiques et que la santé n’est pas forcément leur priorité. Il y a aussi le phénomène 'j’aimerais bien mais j’ose pas' ou 'je ne suis pas prêt' ", complète-t-il. Yacine apporte un élément de lecture supplémentaire: certains habitants ressentent de la défiance à l’égard des pouvoirs publics et rejettent à ce titre le centre médical. Ce facteur peut contribuer à expliquer le manque de sollicitation des dispositifs existants.
Une philosophie partagée, dans le bureau d’à côté, par Vincent Troesch, infirmier de l’association Asalée (Action de santé libérale en équipe). Il suit des patients atteints d’une maladie chronique et assure un accompagnement pour les consommateurs de tabac. “Le but final est de rendre le patient autonome. C’est ce qu’on appelle de l’éducation thérapeutique", explique-t-il. Une approche qui vise à travailler, avec les patients, sur l’amélioration de leur quotidien en leur réapprenant parfois à mieux manger, à reprendre une activité physique et à réduire, pour ceux qui sont concernés, les consommations addictives.
Le mouvement des sages-femmes
Selon la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees), les sages-femmes sont 23 400 en France. Ces dernières années, en lien avec les récentes extensions de leurs compétences, le mode d’exercice de la profession a connu des mutations importantes et s'est développé vers le libéral.
Depuis le début de l’année, six journées de grève ont réuni les acteurs de la profession derrière l'Organisation nationale des syndicats de sages-femmes (ONSSF). À Strasbourg, les sages-femmes se disent “épuisées”, “en colère” et dénoncent le “mépris” dont elles sont victimes. Elles réclament plus d’effectifs, une revalorisation salariale et davantage de reconnaissance.
Le discours des sages-femmes en grève est unanime: à l’hôpital, il n'y a plus assez de temps pour le côté humain. Le suivi post-natal n’arrive pas à être assuré, faute de personnel. Selon la sixième édition de l’enquête nationale confidentielle sur les morts maternelles, le suicide est la deuxième cause de décès des jeunes mamans en France. “Elles se sentent seules, et n'ont personne vers qui se tourner. Quand je suis en train de tenir la main d’une patiente, je dois déjà penser aux deux [autres] dans la salle d’à côté. Nous ne sommes plus assez nombreuses”, explique Ève Rizzotti Donas, sage-femme au CHU de Strasbourg et représentante Grand Est du collectif Santé en Danger, qui manifeste aussi à Strasbourg.
C’est pourquoi redynamiser le métier est essentiel pour assurer la relève. Avec une baisse de 20% du nombre des étudiants, selon l’ONSSF, la profession n’est plus attractive. Pour beaucoup, la revalorisation salariale est une priorité. Aujourd’hui, la rémunération de départ est de 1 530 euros par mois après cinq ans d’études.