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Le chacha, spécialité de la maison, n’a que peu d’adeptes ce soir-là. Cocktails et bières sont préférés à cette « vodka géorgienne », un marc de raisin traditionnel. Non loin de la place de la Liberté, la langue russe s’invite à de nombreuses tables. Le Chacha time est l’une de ces adresses « russian-friendly » de Tbilissi que s’échangent les russophones. Kostya, le patron, termine sa soirée avec un thé, en compagnie de deux amis, Katya et Sasha. Le couple est composé d’une Biélorusse et d’un Israélien. Autour de la petite table en bois, ils conversent en russe. À quelques mètres de là, un tag peint en lettres rouges s’étend le long d’un muret : « Russia is a terrorist state. »

Katya est Biélorusse, mais vit depuis ses 14 ans dans la capitale géorgienne. Loukachenko, le dictateur à la tête de son pays de naissance, est un allié de Poutine. Elle ressent un décalage avec la majorité des 100 000 nouveaux venus depuis le début de la guerre : « Avec l’afflux de Russes, j’ai l’impression de partager mon âme avec des gens qui ne respectent pas ce pays. » Selon la jeune femme, peu d’entre eux se soucient de la culture et de l’histoire locale, « notamment l’occupation en Abkhazie et en Ossétie ». De son côté, Kostya, un Géorgien qui a vécu en Ukraine, accueille bon nombre d’expatriés russes dans son bar, mais soutient que le lieu n’est pas un refuge pour « ceux qui vivent dans leur bulle ». Il commente : « Je trouve cela douteux de la part de certains de venir ici en disant qu’ils ne soutiennent pas la guerre, tout en continuant de travailler pour des entreprises russes et de payer leurs impôts là-bas. »

En 2008, de nombreux habitants d’Ossétie du Sud ont fui le conflit armé face à la Russie. Relogés en urgence dans des camps, leurs conditions de vie varient. À Prezeti, village isolé, certains déplacés ne s’y font toujours pas. 

Depuis le début de l’invasion de l’Ukraine, tags et slogans anti-russes fleurissent à Tbilissi. Au Chacha time, un bar de la capitale où les russophones sont les bienvenus, les clients évoquent les difficultés qu'ils rencontrent au quotidien.

Au Chacha Time à Tbilissi, le bar collecte des dons pour l'Ukraine dans une jarre au comptoir. © Cyprien Durand-Morel

Le 5 avril 2023, les États-Unis ont imposé des sanctions à trois juges du CSJ, accusés de corruption et soupçonnés d’appartenir au « clan ». « C’est un groupe de magistrats influents aux ordres du gouvernement », témoigne Nazi Janezashvili, qui a assisté à ces dérives lors de son mandat au CSJ de 2017 à 2021. « Il permet au parti au pouvoir, Rêve géorgien, de s'immiscer dans les affaires et de peser sur les décisions des tribunaux. »

À Tbilissi, des tags montrent de la solidarité avec l'Ukraine. © Tara Abeelack

La justice au service du Rêve géorgien

Plusieurs rapports internationaux accusent le pouvoir judiciaire géorgien de servir d’instrument d'influence politique. Le Conseil supérieur de justice (CSJ), chargé de garantir l'indépendance des tribunaux, de nommer et de révoquer les juges, « fonctionne comme un organe corporatiste », selon un rapport du Conseil de l’Europe publié en 2021.

Nazi Janezashvili, fondatrice de Georgian Court Watch. © Audrey Senecal

Une pratique qui persiste

Mariam Bandzeladze, du Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA), se félicite que la Géorgie soit dotée « d’une des meilleures législations sur le mariage des mineures, avec une formulation qui suit les standards européens, tant au civil qu’au pénal ». Mais la responsable de programme souligne que de nombreux ados continuent d’être mariés, et que leurs unions ne sont pas enregistrées officiellement.

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