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160 000 enfants victimes d’inceste par an
Depuis le rapport définitif de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise), rendu en novembre, les violences faites en France aux enfants sont quantifiées. Chaque année, 400 000 enfants sont victimes de violences, dont 160 000 d’inceste. « Pourtant, seules 5 % de ces affaires font l’objet de plaintes », affirme Anne Clerc. « Cette proposition de loi, que nous saluons, ne va pas assez loin et ne concerne finalement qu’une infime partie des enfants victimes de violences intrafamiliales. » D’autant que 73 % des affaires portées en justice sont classées sans suite, n’élevant « qu’à deux ou trois le nombre d’agresseurs condamnés chaque année », souligne la déléguée générale.
Les sénateurs le reconnaissent : « les juges aux affaires familiales sont déjà débordés ». Une fois saisis, ils n’auront que huit jours pour statuer sur une suspension des droits parentaux. Après, trop tard. Alors l’enfant devrait continuer à vivre chez son parent violent, même lors du « temps de l’enquête, qui peut être très long », reconnaît la sénatrice Evelyne Corbière Naminzo devant ses pairs. « Dans ces moments où l’enfant est en contact avec le parent violent, les abus continuent. Et c’est là que l’enfant s’arrête de parler. »
Un parent violent peut-il continuer à exercer son autorité parentale ? Les sénateurs ont débattu ce 6 février sur la proposition de loi, portée par la socialiste Isabelle Santiago depuis décembre 2022, qui vise à protéger et accompagner les enfants victimes ou témoins de violences au sein de la famille. « Nous regrettons que la commission ait affaibli le texte en revenant sur le premier article », se désole à l’estrade du Palais du Luxembourg la sénatrice du groupe communiste, Evelyne Corbière Naminzo. « L’intérêt supérieur de l’enfant doit primer sur le droit des parents d’influer sur sa vie. » Avec 276 voix « pour » sur les 340 votants, la proposition de loi revue et corrigée par l’Assemblée nationale en octobre est adoptée par le Sénat. Prochaine étape : sa promulgation. « C’est de la politique de petits pas », commente auprès de Cuej.info Anne Clerc, déléguée générale de l’association Face à l’inceste.
L’un des derniers désaccords entre l’Assemblée nationale et le Sénat réside dans ce premier article de la proposition de loi : la suspension « automatique » de l’autorité parentale lorsqu’un parent est poursuivi ou mis en examen pour inceste ou condamné pour violences conjugales. Automatique, donc « sans limite de temps ». Voilà ce qui bloque, comme l’explique la rapporteuse du texte auprès du Sénat, Marie Mercier (Les Républicains). De peur de violer « le respect de la présomption d’innocence et le droit de l’enfant à maintenir une relation avec ses deux parents », les sénateurs proposent une suspension « provisoire du droit parental d’une durée maximale de 6 mois ».
Le groupe de prêt-à-porter IKKS a annoncé lundi 5 février la fermeture de 77 enseignes et une réduction d’effectifs qui pourrait concerner 202 collaborateurs. À Strasbourg, les employés espèrent être épargnés.
Ce 6 février, le Sénat a adopté la proposition de loi visant à mieux protéger les enfants victimes ou témoins de violences au sein de la famille. Une avancée jugée trop timide par l’association Face à l’inceste.
Lina, 15 ans, disparaissait le samedi 23 septembre alors qu’elle se rendait à la gare de Saint-Blaise-la-Roche pour rejoindre son petit copain. Cinq mois plus tard, l'adolescente est toujours portée disparue malgré les battues et le travail des enquêteurs. L’affaire, qui a suscité un intérêt médiatique important, connait depuis ce vendredi 2 février un rebondissement : la réouverture, par le parquet de Strasbourg, d’une plainte pour viol déposée par Lina en 2022. Hervé Miclo, journaliste de terrain et chef d'agence à Molsheim, revient sur les coulisses de l’enquête, ses répercussions sur les habitants et sur lui-même. Rencontre.
Quelle était l’atmosphère lors des jours qui ont succédé la disparition de Lina ?
Nous avions diffusé l’avis de recherche le dimanche et je suis arrivé sur place le lundi pour assister à la première battue. Beaucoup de personnes sont venues spontanément. C’était un mouvement assez large, il y avait une centaine de personnes le premier jour, et près de 400 le deuxième. Pour les habitants, il y a eu une longue période d’inquiétude, qui s’est révélée par une flambée d’achats de bombes au poivre et de lacrymogènes.
Et cinq mois après sa disparition, quelle est l’ambiance à Plaine ?
Ça se détend doucement et il y a une volonté de reprendre une vie normale. Ce qui a changé, c’est l’attention des gens sur ce qui se passe autour d’eux. Par exemple, quand une voiture passe, ils regardent de qui il s’agit. Des petits réflexes de ce type se sont mis en place.
Qu’en a-t-il été de l’emballement médiatique ? Selon vous, des erreurs ont-elles été commises ?
L’emballement médiatique a été très rapide, c’était impressionnant. Cette affaire a énormément passionné, c’est peut-être dû à un creux médiatique à cette période. On ne sait pas très bien ce qui fait qu’une affaire va créer un emballement. Peut-être parce que la jeune fille a disparu très vite… La montée en puissance médiatique a été très brutale pour les habitants aussi. Une certaine pression a été exercée sur l’entourage de Lina et des approches assez maladroites ont été commises de la part de certains confrères et consœurs.
Face à cette pression médiatique, avez-vous réussi à créer et entretenir des liens avec la famille et les habitants ?
Nous avons la chance d’avoir été sur place avant et d’avoir déjà des contacts dans le village. Ces contacts, on doit les protéger. On ne peut pas se permettre de récupérer une information sans penser aux conséquences sur les personnes dont on parle. Je sais que je vais continuer à vivre avec les acteurs de ce drame et je dois le prendre en compte. C’est un dossier sur lequel je travaille presque tous les jours. Le contact avec ces gens est quotidien. On a cette volonté de tisser un maximum de liens pour, s’il se passe quelque chose, pouvoir le raconter. D’ailleurs, on ne publie pas forcément tout ce que l’on recueille, il y a des choses que l’on garde pour nous, pour ne pas perturber l‘enquête. On y fait très attention et on évite le sensationnalisme.
En tant que journaliste, est-ce que cette affaire vous touche personnellement ? Comment vous protégez-vous ?
Il faut arriver à décrocher. Dans les premières semaines, je ne dormais quasiment plus, ça tournait en boucle dans ma tête. J’ai commencé ce métier à 17 ans et demi en tant que correspondant dans les Vosges et je travaillais avec une journaliste qui bossait sur l’affaire Grégory. J’ai vu un peu ce qu’était une dérive médiatique et judiciaire et les dégâts que cela pouvait causer. Ça m’a toujours accompagné et j’ai appris à faire exactement l’inverse. Au-delà de ça, il faut arriver à décrocher, faire du sport, se balader… Réussir à arrêter la machine à gamberger. Ce n’est pas facile. Il y a tellement de travail à faire sur le dossier de Lina que forcément, ça ne nous quitte plus, c’est très obsédant.
Il y a encore un espoir pour Lina ?
Dans les premiers mois, les enquêteurs pensaient encore à la possibilité d’une fugue. Aujourd’hui, ils ne croient plus beaucoup à une fin relativement heureuse. Dans le meilleur des cas, Lina aurait été enlevée et plongée dans un milieu de proxénétisme à l’étranger, un truc un peu fou, mais c’est à peu près la seule hypothèse dans laquelle elle serait encore en vie. Les chances de la retrouver vivante sont minimes.
Esther Suraud
Édité par Kilian Bigogne