Une pratique qui persiste
Mariam Bandzeladze, du Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA), se félicite que la Géorgie soit dotée « d’une des meilleures législations sur le mariage des mineures, avec une formulation qui suit les standards européens, tant au civil qu’au pénal ». Mais la responsable de programme souligne que de nombreux ados continuent d’être mariés, et que leurs unions ne sont pas enregistrées officiellement.
« La justice en Géorgie n’est pas indépendante. C’est pour cela que l’Union européenne a refusé notre candidature », soupire Nazi Janezashvili, fondatrice de l’ONG Georgian Court Watch. En juin 2022, le Conseil européen a refusé d’octroyer le « statut de pays candidat » à Tbilissi, à la différence de la Moldavie et de l’Ukraine. Il a conditionné l’obtention de ce sésame, première étape du processus d’adhésion à l’Union européenne, au respect d’une douzaine de priorités, dont une réforme profonde de la justice.
Les Vingt-Sept n’ont pas accordé le statut de candidat au pays du Caucase, notamment à cause de son système judiciaire opaque.
Les exploitations agricoles vivotent
Teona Rostomashvili et Tamazi Valishvili rencontrent cette difficulté à leur échelle, depuis leur installation à Argokhi en 2007. Les conditions de travail sont rudes : les parents de deux enfants de 8 et 11 ans, disent ne pas compter leurs heures, du petit matin jusqu'à minuit parfois. Pour faire face aux aléas, le couple mise sur une multiplicité de petites productions : vaches laitières, cochons, chèvres, ruches, vignes, légumes et fruits. « Il faut nécessairement être polyvalent. Si tu rates une de tes productions, tu as toujours les autres pour te rattraper », explique l’agriculteur.
Cela est d’autant plus vrai pour lui qu’il est assuré d’hériter de la ferme. La tradition privilégie l’aîné masculin de la famille lors de l’héritage. Sa sœur Mariami, tout juste majeure, n’a pas la même possibilité. Elle prévoit de partir à Tbilissi pour commencer des études de commerce. Leur histoire familiale s’inscrit dans une pratique plus générale qui désavantage les femmes, beaucoup moins souvent propriétaires de terres que les hommes en Géorgie.
Malgré cet héritage garanti, Giorgi se voit tout de même obligé de partir pour réaliser son projet. « Après l’école, j’irai à Tbilissi pour me faire de l’argent, mais je ne me vois pas y vivre. Entre quatre murs, j’aurais l’impression d’être emprisonné. »
Nils Hollenstein
Luise Mösle
avec Lile Samushia