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Premières réponses européennes à la crise du coronavirus


11 mars 2020

Alors que le coronavirus se propage, les institutions européennes cherchent à coordonner leurs forces pour enrayer l’épidémie et éviter la paralysie des économies du Vieux-Continent. 

Mardi 10 mars, à Bruxelles, le coronavirus était sur toutes les lèvres. Le matin, lors de la session plénière du Parlement européen, les groupes politiques se sont montrés unanimes pour appeler les Etats membres à mieux coordonner leurs actions et à faire preuve de plus de solidarité. Quelques heures plus tard, les chefs d'Etat et de gouvernement réunis par visioconférence se sont entendus pour lutter plus efficacement contre le virus et tenter de limiter ses conséquences économiques.

Plus de coordination pour mieux contenir l'épidémie

Jusqu'à présent, les réponses sanitaires ont été disparates. Les Etats membres ont agi dans l'urgence sans coordination. L’Italie a choisi de mettre sa population en quarantaine, alors que la France ou l’Allemagne n’ont pas obligé, à ce stade, les citoyens à se confiner. "La réaction à cette crise n'est pas égale d'un pays à un autre. On peut imaginer que l'Europe de l'Est va avoir beaucoup plus de difficultés que l'Europe du Nord à répondre à l'épidémie", souligne Véronique Trillet-Lenoir, eurodéputée française, médecin et membre du groupe Renew Europe. Elle regrette que la capacité d'action européenne en matière de santé publique soit limitée : "Il faudrait augmenter les compétences de l'Union européenne mais pour cela, il faut que les Etats membres soient capables de consentir à avoir des prérogatives sanitaires plus européennes et moins nationales."

Même si plus de coordination serait souhaitable dans le domaine de la santé publique, l'Europe agit avec ses moyens. En accord avec la Commission, les chefs d'Etat et de gouvernement ont ainsi décidé mardi 10 mars d’acheter ensemble et de constituer des stocks communs de certains équipements, comme les machines respiratoires ou les kits de test. Tous ont convenu d’allouer plus de fonds à la recherche, dans le but de développer un vaccin européen contre le coronavirus. Les ministres de la santé des Vingt-Sept devraient désormais échanger quotidiennement, en présence de la Commission. 

La menace d'une récession économique 

Les pays européens ont également pris conscience du risque économique lié à l'épidémie. Lundi, les prix du pétrole ont chuté et les marchés ont connu un krach boursier. Le coronavirus nuit aux économies de plusieurs Etats membres, à l'image de l'Italie qui tourne au ralenti en raison des mesures de confinement draconiennes déployées par le gouvernement. Parmi les secteurs particulièrement touchés : le tourisme, les transports, l’événementiel, l’hôtellerie, la restauration mais aussi désormais l'industrie et les services.

En France, à Strasbourg, certaines entreprises ressentent déjà les conséquences du coronavirus. Michael Piault, directeur du restaurant le Baeckeoffe d’Alsace, installé dans le quartier de la Petite-France évoque une baisse de fréquentation de 50% en raison du Covid-19. Le restaurateur a dû repousser au mois de mai le recrutement de personnel qu’il avait prévu en mars. “Si la situation continue comme ça, on ferme l'établissement pendant 15 jours’’, explique t-il. Face à cette situation, les Etats membres ont promis de faciliter le recours au chômage partiel et le report du paiement des charges fiscales pour les entreprises.  

25 milliards d'euros débloqués

À Bruxelles, les eurodéputés ont plaidé pour un plan de relance ambitieux. Renew Europe, par le biais de l'eurodéputé roumain Dragos Pislaru, a par exemple demandé à la Banque européenne d'investissement (BEI) de “jouer son rôle et de mettre à disposition des liquidités pour éviter toute destruction d'entreprise”. De son côté, l’italienne Simona Bonafè, vice-présidente du groupe S&D (sociaux-démocrates) a souligné la nécessité de mettre en place des politiques structurelles d’investissements. Même le groupe ID (extrême-droite), habituellement eurosceptique, a demandé à l'Union européenne de “prendre immédiatement des mesures économiques pour aider les entreprises”. 

À la suite de ces appels, la Commission a pris des mesures fortes pour limiter le risque d'une récession européenne. Après la réunion des chefs d’Etat et de gouvernement, 25 milliards d’euros ont en effet été promis pour aider les PME et salariés mis en difficulté par la crise. “Je demanderai au Conseil et au Parlement de débloquer dès cette semaine 7,5 milliards d’euros de liquidités”, a précisé la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Par ailleurs, Charles Michel, le président du Conseil européen, a évoqué des dispositions exceptionnelles : “Une application flexible des règles de l'UE, en particulier en ce qui concerne les aides d'État et le pacte de stabilité et de croissance, sera nécessaire”, a t-il estimé. Des mesures sans précédent : jusqu'ici aucune crise n'avait conduit à une remise en cause, même temporaire, du pacte de stabilité.

Achraf El Barhrassi, Cyrielle Thevenin, Marie Vancaeckenbergh, Alix Woesteland

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